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Accompagner les femmes étrangères victimes de violences

10 février 2010

Témoignage de bénévoles des permanences juridiques mises en place par La Cimade depuis 2004 pour accueillir et accompagner les femmes étrangères victimes de violences.

Nous recevons aussi à la permanence accueillant des femmes étrangères victimes de violences des demandeuses d’asile victimes de persécutions ou de traitements inhumains ou dégradants liés au genre.

Elles viennent majoritairement d’Afrique de l’Ouest, plus rarement d’Algérie, quelquefois de Turquie ou d’Iran. Elles sont jeunes, voire très jeunes, ont souvent fait des études secondaires ou supérieures. Elles viennent surtout des grandes villes, où leurs parents sont commerçants, transporteurs, fonctionnaires… Lorsque je les découvre dans la salle d’attente, je suis frappée par le soin qu’elles apportent à leur apparence, même si leurs vêtements viennent de vestiaires d’associations. Je reconnais à leurs visages défaits et à leurs cheveux en désordre, celles qui ont passé la nuit dans la rue.

Elles ont payé très cher leur passage- grâce à des tontines, ou par des moyens qu’elles ne me révéleront pas- et sont venues par avion, avec des passeports d’emprunts. Parfois leurs familles installées en France le sont aidées à venir avec des visas de tourisme.

Elles fuient des violences familiales et veulent mener la vie qu’elles ont choisie sans se soumettre aux décisions des aînés. Oncles, pères, frères parfois, veulent décider à leur place du choix de leur conjoint, de l’excision de leurs filles. Si la pression familiale et sociale a été si forte qu’elles ont dû céder, elles fuient le foyer conjugal et leurs maris-ou belles-familles- qui les violentent. D’autres enfin veulent vivre librement leur homosexualité (pénalisée dans nombre des pays d’où elles sont originaires).

Arrivées en France, elles découvrent souvent une dure réalité : elles sont trompées par les passeurs, et n’ont pas les relais promis à l’arrivée. Elles se retrouvent exploitées par des compatriotes…ou par leur famille. Mais elles bénéficient aussi de réseaux d’entraide communautaires.

Lorsqu’elles s’engagent dans la longue procédure d’une demande d’asile, elles vont devoir affronter beaucoup de difficultés : une fois leur demande déposée à la préfecture, elles peuvent se voir refuser une autorisation provisoire de séjour. C’est le cas, par exemple, si elles sont ressortissantes d’un pays « sûr ». Or ceux-ci ne sont pas toujours « sûrs » pour les femmes : ces États ne les protègent pas suffisamment des « traitements inhumains et dégradants » qu’elles peuvent subir dans la sphère familiale, et dans leur voisinage.

Même refus si leur demande est déposée alors qu’elles vivent en France depuis plusieurs années : or, elles peuvent avoir fui des violences familiales ou conjugales en France, et être exposées à de graves menaces en cas de retour dans leur pays. Elles doivent donc faire face à un double danger, et sont d’autant plus vulnérables qu’elles sont « sans papiers ».

Ainsi F., jeune fille kurde, mariée contre son gré et amenée clandestinement en France par sa belle-famille, a dû subir les violences de son mari et de sa belle-famille. Après sa fuite, elle vit dans la terreur d’être retrouvée par ses persécuteurs. Comment trouver un abri sûr, porter plainte contre eux, en étant dans la clandestinité ? Pourtant, lorsqu’elle réussit à déposer sa demande d’asile, elle se voit refuser une autorisation provisoire de séjour, et le recours que nous l’aidons à déposer est rejeté bien que motivé. Seul l’octroi par l’OFPRA d’une protection lui permettra d’accéder à ses droits de justiciable.

Même munies d’une autorisation provisoire de séjour, les jeunes femmes demandeuses d’asile vivent dans la précarité : elles reçoivent une allocation temporaire d’attente de 10€ par jour, sans autorisation de travailler. Elles ne sont que très rarement admises dans les Centres d’accueil pour demandeurs d’asile si elles n’ont pas d’enfants. Elles vont de centres d’hébergement d’urgence en hôtels sordides, ne sachant pas toujours ou elles vont loger le soir, et sont exposées au harcèlement et aux agressions sexuelles.

Elles vont devoir, dans ces conditions éprouvantes, constituer leur dossier d’asile : il leur faut élaborer un récit de vie et revivre les traumatismes qu’elles ont subis, chercher des « preuves » et des témoignages « crédibles » pour étayer leur demande.

Il leur est difficile de se faire entendre lors de leur entretien à l’Office de protection des réfugiés et des apatrides- à l’exception notable de celles qui veulent protéger leurs filles de l’excision- et seule une infime minorité d’entre elles se voient accorder une protection par l’Office. La volonté de débusquer le « faux demandeur d’asile » donne trop souvent à l’entretien une tournure inquisitoriale. Or, les jeunes femmes qui ont été victimes de violences familiales doivent surmonter plusieurs obstacles majeurs pour arriver à exprimer dans ce contexte ce qui touche à leur intimité .

Comme beaucoup de femmes victimes de violences conjugales, elles parlent de ce qu’elles ont subi comme si tout cela était arrivé à une autre personne. Elles peuvent donner l’impression, dans un questionnement relativement bref, de reproduire un récit préfabriqué.
Par ailleurs, même si elles se révoltent contre le système familial qui les contraint, elles en ont intériorisé le fonctionnement : elles ne trouvent pas forcément les mots pour expliciter ce qui leur semble aller de soi, surtout
lorsqu’elles ne sont pas allées au lycée .

Seul un recours devant la Cour nationale du droit d’asile permet à un plus grand nombre de bénéficier d’une protection, car les demandes d’asile liées au genre y sont mieux reconnues, en particulier grâce au travail des avocat(e)s attachées à cette cause.

Certes nous nous réjouissons quand une protection est accordée à une jeune femme que nous avons accompagnée…mais nous n’oublions pas grand nombre de celles que nous avons reçues et qui se découragent, vaincues par des obstacles qui leur semblent insurmontables.

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