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Acha, un talent sans titre de séjour

23 avril 2013

Camerounaise arrivée il y a onze ans en première année de deug de physique, Acha vient de se diplômer d’ingénieure de génie civil à l’École normale supérieure de Cachan…et de perdre son titre de séjour. Alors que le Parlement s’apprête à débattre de la venue de talents de l’étranger, de nombreux étudiants, formés dans les universités françaises, n’arrivent pas à obtenir de titre de séjour pour travailler en France une fois diplômés et ce, malgré l’abrogation de la circulaire Guéant sur les étudiants étrangers. Acha est l’une d’entre elles.

Camerounaise arrivée il y a onze ans en première année de deug de physique, Acha  vient de se diplômer d’ingénieure de génie civil à l’École normale supérieure de Cachan…et de perdre son titre de séjour. Alors que le Parlement s’apprête à débattre de la venue de talents de l’étranger, de nombreux étudiants, formés dans les universités françaises, n’arrivent pas à obtenir de titre de séjour pour travailler en France une fois diplômés et ce, malgré l’abrogation de la circulaire Guéant sur les étudiants étrangers. Acha est l’une d’entre elles.

Acha m’ouvre la porte de son petit studio rangé, sa petite fille endormie contre elle. Elle a préparé des brioches et du jus de pommes sur la petite table jouxtant son canapé. Elle souhaite raconter son histoire dont elle ne revient toujours pas. Elle, ingénieure de génie civil, diplômée de l’ENS Cachan risque de se retrouver sans papiers.

« Je suis arrivée en France en 2002 avec un titre de séjour étudiant. J’étudiais alors au Cameroun dans un collège tenu par des prêtres catholiques français. Ce sont eux qui ont fait les démarches pour que je puisse aller à l’université en France. J’ai été acceptée à Lille 1, en deug de physique et j’ai obtenu une bourse.

Ensuite, en 2004 j’ai postulé à un magister à Orsay et j’ai été sélectionnée. Mais la situation est devenue délicate car j’ai dû commencer à travailler en même temps. Je n’ai pas validé mon magister, je me suis inscrite en licence à Jussieu et j’ai échoué également deux fois.

Mais en 2007, j’ai trouvé un emploi à temps partiel de conseillère de vente à France Télécom et là tout est allé mieux. En 2008 j’ai obtenu ma licence et en 2009 je suis entrée en master de mécanique des matériaux et des structures à l’École normale supérieure de Cachan ( ENS). Je n’avais pas été acceptée dans le master de génie civil, celui que je voulais véritablement faire. Alors une fois à l’ENS Cachan, j’ai tout fait pour entrer en deuxième année de master de génie civil et ça a marché.

Entre les deux années je suis partie en stage à Vinci, au Cameroun comme conductrice de travaux. Et puis, j’y suis retournée pour un stage plus long de fin d’études avant de me diplômer en novembre 2012. Là, les problèmes ont commencé.

Comme je savais que je partais plusieurs mois au Cameroun, j’étais allée à la préfecture en avril pour me renseigner sur les démarches à faire à l’expiration de mon titre de séjour étudiant en novembre. Au guichet, on m’a dit qu’il était trop tôt pour s’en occuper. Je n’étais pas inquiète. À vrai dire, après l’abrogation de la circulaire Guéant, je n’ai plus pensé à mon titre de séjour, je croyais que tout irait bien.

Mais quand je me suis présentée de nouveau en novembre, c’était trop tard. Ma demande d’autorisation provisoire de séjour, le temps que j’obtienne un emploi, a été refusée, parce que je m’y étais prise trop tard. Du coup, j’ai aussi été licenciée de mon CDI à France Télécom car je n’avais plus de titre de séjour. En février j’ai eu une petite fille. Cela a été plus compliqué pour les recherches d’emploi. Peut être que si j’avais obtenu un emploi tout de suite chez Vinci, si je n’avais eu à faire que le changement de statut d’étudiant à salarié…

Maintenant, je ne sais pas quoi faire. Je ne suis pas perdue mais je suis en colère.

Cela fait 11 ans que je vis en France. Je me suis battue pour mes études, pour ne pas laisser tomber, j’ai travaillé en même temps, je ne suis pas un poids pour la société. Je suis partie en stage comme expatriée pour Vinci au Cameroun. Est-ce que je ne suis pas en train de consolider les liens entre la France et mon pays d’origine comme il est demandé aux étudiants étrangers dans la loi ?

Maintenant je ne peux pas partir comme ça. Je ne resterai pas en France non plus comme sans-papiers, c’est une vie que je ne connais pas. Je suis entrée en situation régulière, je veux partir en situation régulière. Mais si je pars, cela va être une frustration énorme. C’est partir sur quelque chose d’inachevé. Au Cameroun, je peux peut-être trouver un contrat local comme ingénieure de génie civil, mais cela n’a rien à voir. Je serais mal payée, il y a de la corruption, et ma fille ? Quand, en stage à Vinci, j’ai construit une station d’eau potable pour les Camerounais, ça a été une énorme satisfaction. D’être une femme camerounaise qui a fait de bonnes études en France et qui revient comme expatriée, j’étais fière. Pouvoir dire que les Camerounaises ne sont pas toutes des prostituées en France. Peut être que si je repars maintenant, j’arriverais à revenir, à me faire embaucher à nouveau par une entreprise française, il y a une carte compétences et talents je crois…s’ils veulent bien repêcher un talent qui était ici et qu’ils ont fait repartir là bas…

Si je dois partir maintenant, c’est que j’ai fait tout ce que j’ai pu pour rester en France et que la France n’a pas voulu de moi. »

Témoignage recueilli par Agathe Marin.

Acha, ingénieure civile camerounaise sans titre de séjour

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