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Sud-Ouest

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Article sur le Centre de rétention d’Hendaye / journal Sud Ouest

5 juin 2008

Un policier syndicaliste « On place en garde à vue les étrangers détenteurs de titres de séjour en Espagne pour gonfler les chiffres dans les colonnes. Auparavant, ils étaient remis aux autorités espagnoles sans garde à vue et donc n’étaient pas enregistrés dans les statistiques ».

HENDAYE. –Le centre de rétention administrative est rouvert. La police de l’air et des frontières dispose de trente places destinées aux étrangers en situation irrégulière

La rétention reprend

Rétention. Le terme est si proche de celui de « détention » que souvent la langue fourche. L’esprit fourche aussi : les centres de rétentions administratives, servent à enfermer les étrangers en situation irrégulière et ils sont, à l’occasion, installés dans d’anciens dépôts de police. Des associations dénoncent régulièrement des conditions d’enfermement indignes.

Le centre d’Hendaye, rouvert après une reconstruction complète, peut aujourd’hui difficilement être taxé de simili prison. L’architecture extérieure et la conception intérieure ne sont certes pas celle d’une villa balnéaire mais il est clair que les concepteurs du lieu se sont appliqués à gommer les symboles tels que serrures, grilles, cellules? « Le bâtiment a été construit sur le modèle de celui de Toulouse » précisait hier le capitaine Olivier Darriet qui dirige l’équipe de la Police de l’Air et des Frontières affectée au centre.

Quinze chambres. « Nous avons une surface quatre fois supérieure à ce qui existait auparavant. Nous hébergerons deux fois plus de personnes. Nous sommes confrontés à l’inactivité et au désœuvrement des retenus. Étant donné leur situation, il y a des tensions, des risques d’agression, de dégradations, de suicide. » Des salles de jeu ont été prévues, trois salles de télévision, une table de tennis de table en dur? Les chambres à deux lits ressemblent à celles d’hôtels à bas coût à la différence près que le mobilier est fixé au sol, que les miroirs sont en métal poli incassables et qu’elles ne disposent d’aucune prise électrique. Les hommes n’ont pas le droit de s’y raser : l’utilisation de lames se fait exclusivement dans une salle de toilette collective, sous l’œil d’un policier.

Produits contingentés. Les lames de rasoir mais aussi les stylos ou tout autre objet pouvant blesser ou se blesser sont contingentés. Les téléphones portables ne sont autorisés que s’ils ne permettent pas de photographier les lieux. Une zone est réservée aux femmes et aux familles : des chambres communicantes permettant de ne pas séparer enfants et parents. L’intendance – service des repas, de l’entretien du linge et du ménage de l’ensemble des locaux – est assurée par un prestataire de service.

La vie du centre est placée sous la surveillance d’un réseau de 40 caméras, reliées à des écrans de contrôle. Elles sont présentes dans toutes les parties communes : réfectoire, couloirs, salles de télévisions, patios mais, comme le veut la loi, pas dans les chambres. L’électronique est aussi utilisée pour la fermeture à distance de la plupart des portes. Trente fonctionnaires de police travaillent dans le centre d’Hendaye et y sont présents 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

La Cimade organise un cercle de silence en faveur des sans papiers demain vendredi 6 juin de 18 à 19 heures place de la Mairie à Bayonne. La réouverture du centre de rétention sera abordée à cette occasion.

Travaux. Le centre de rétention administrative d’Hendaye avait fermé fin décembre 2007. Installé dans une ancienne bâtisse, le centre de rétention disposait de 15 places. Les anciens locaux ont été rasés pour faire place à un bâtiment de 1 500 m2, entièrement neuf et répondant aux normes en vigueur. Sa capacité a été portée à 30 places, 24 pour recevoir des hommes, six pour des femmes ou des familles.

Le représentant de l’UNSA Police, Yves Lefebvre, estime que le centre de rétention offre des conditions respectant la dignité humaine. « C’est propre, fonctionnel, les familles peuvent être prises en compte, il y a des espaces aérés ». Ce que dénonce en revanche le fonctionnaire, c’est que l’agrandissement du centre s’accompagne d’une forte pression sur les fonctionnaires de police pour le remplir. « On a investi donc il faut que ça soit plein. C’est la course au chiffre et donc la course aux contrôles. Depuis 15 jours, les fonctionnaires sont à créneaux horaires fixes à Biriatou la nuit pour interpeller au maximum. Les objectifs fixés au préfet des Pyrénées-Atlantiques par le ministre sont relayés à la police de l’air et des frontières. C’est la politique du remplissage, le travailler plus pour remplir plus puisque ce centre fonctionne qu’il n’y ait eu d’apport d’effectifs suffisant. ».
Le syndicaliste constate également « On place en garde à vue les étrangers détenteurs de titres de séjour en Espagne pour gonfler les chiffres dans les colonnes. Auparavant, ils étaient remis aux autorités espagnoles sans garde à vue et donc n’étaient pas enregistrés dans les statistiques ».

Bayonne. Le tribunal correctionnel de Bayonne est prêt à reprendre ses audiences publiques pour statuer sur les demandes de prolongation de rétention. Elles auront lieu les lundis, mercredis et vendredis après-midi.

« Lorsque la capacité du centre était de 15 places, nous rendions environ 500 décisions par an. Il est probable que ce chiffre augmente avec l’agrandissement du centre de rétention » notait hier le président du Tribunal de Bayonne, François Rachou.

Article de Véronique Fourcade – Journal Sud Ouest – 5 juin 2008

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