Utilisation des cookiesEn poursuivant votre navigation sans modifier vos paramètres de cookies, vous acceptez l'utilisation des cookies pour disposer de services et d'offres adaptés à vos centres d'intérêts. En savoir plus et gérer ces paramètres.

« Toutes les actus
S'informer

» retour

Brésilienne, universitaire, touriste et… indésirable en France

15 juillet 2009

Solange França, universitaire brésilienne venue passer quelques jours à Paris chez des amis français, n’aura vu que la zone d’attente de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. Parce qu’elle était en possession d’une simple attestation d’hébergement et non d’une attestation d’accueil officielle, elle a été remise aussi sec dans l’avion. * »L’histoire circulait depuis une quinzaine de jours, en portugais, sur les réseaux universitaires brésiliens, nous l’avions déjà répercutée sur le Réseau Pôle Brésil de Nanterre »*, raconte Idelette Muzart, la responsable de ce réseau.
Voici cette mésaventure telle que la raconte Solange França , dans un français parfait, et son ami français Yves Bellenand qui l’attendait à l’aéroport et ne l’a jamais vue arriver.

Solange França, universitaire brésilienne venue passer quelques jours à Paris chez des amis français,  n’aura vu que la zone  d’attente de l’aéroport  Roissy-Charles-de-Gaulle. Parce qu’elle était en possession d’une simple  attestation d’hébergement et non d’une attestation d’accueil  officielle, elle a été remise aussi sec dans l’avion. « L’histoire  circulait depuis une quinzaine de jours, en portugais, sur les réseaux  universitaires brésiliens, nous l’avions déjà répercutée sur le Réseau  Pôle Brésil de Nanterre« , raconte Idelette Muzart, la responsable de ce  réseau.
Voici cette mésaventure telle que la raconte Solange  França , dans un français parfait, et son ami français Yves Bellenand qui  l’attendait à l’aéroport et ne l’a jamais vue arriver.

Le récit de Solange França

Comme tous mes amis le  savaient, j’avais programmé d’aller à Paris en vacances, visiter un couple  d’amis Yves et Riviane, fêter mon anniversaire, établir des contacts avec  des instituts de recherches et d’enseignement, et de réaliser mon rêve de  connaître la France.

Je suis partie d’Ilhéus  le 9/4/09 à 12h32, destination Salvador de Bahia par le vol TAM 3680 puis  de Salvador de Bahia destination Paris par le vol TAM 8068 arrivée à  l’aéroport Charles de Gaulle à 14 heures le 10 /04/2009.

Au sortir de l’avion, j’ai été conduite sans aucune explication dans  une salle de la police française. Une policière a alors demandé de  vérifier mon passeport, mon billet d’avion de retour, l’argent disponible,  l’attestation d’hébergement et mes assurances. Pour prouver mon  hébergement j’ai présenté une attestation faite par Yves et Riviane  Bellenand, ce couple d’amis qui devaient m’héberger durant tout  mon séjour à Paris. Je lui ai expliqué que je n’avais pas d’assurances  spéciales mais j’ai présenté ma carte d’assurance privée brésilienne, un  bulletin de salaire émis par le gouvernement de l’état de Bahia datant de  mars 2009, montrant que je suis en activité à l’Université de Santa Cruz à  Bahia (Brésil) comme enseignante-chercheur.
Sans autres  explications, j’ai été conduite avec deux autres personnes vers une autre  salle de la police dans laquelle se trouvait déjà un autre brésilien.

J’ai demandé des explications au policier à l’accueil mais il m’a  dit de m’asseoir avec un ton de voix menaçant et agressif. A ce moment là,  j’ai réalisé que j’allais être expulsée de France et que je ne pourrais  pas demander des éclaircissements parce que je craignais d’être considérée  comme «agressive» ce qui pourrait aboutir à des événements encore plus  graves comme par exemple être mise en prison sur le territoire  français.  Plus tard un autre policier a mis des gants et a demandé  au brésilien de le suivre dans une autre salle. Dix minutes plus tard un  autre brésilien a été aussi emmené. Après deux policières ont  demandé à deux autres filles qui nous avaient rejoints d’aller dans une  autre salle. Après ça a été mon tour.

Dans cette salle il y avait  mon sac à dos et mon sac à main. J’ai dû mettre tout sur une table et  m’éloigner de mes affaires et les deux policières ont tout fouillé. Elles  ont confisqué mon passeport et mon argent (200 réals, 100 dollars et 1800  euros). À ce moment-là, j’ai demandé à nouveau des éclaircissements sur  l’expulsion mais une policière m’a dit de «fermer ma gueule» sur un ton  menaçant.

J’ai présenté mon bulletin de salaire mes trois cartes de crédit (Visa Ourocard Platinum, Mastercard Ourocard Platinum et  Ourocard Gold toutes émises par la Banque du Brésil), l’attestation  d’hébergement et des e-mails des professeurs et collègues de travail avec  lesquels j’avais l’intention de m’entretenir durant mes vacances. En  effet, j’envisageais de faire un post-doctorat en France dans un futur  proche. J’ai montré l’e-mail du professeur Henri PLANA (professeur  français à l’UESC – Université de l’Etat de Santa Cruz à Bahia, Brésil)  qui est en ce moment en stage post-doctoral au Laboratoire d’Astrophysique  de Marseille), de Michel Jean DUBOIS (français, biologiste, qui travaille  à Intervivos ( www.intervivos.fr <http://www.intervivos.fr/ ) et de  Marcelo DE PAULA CORREA chercheur brésilien, en stage post-doctoral au  LATMOS (Laboratoire Atmosphères, Milieux, Observations Spatiales). J’ai  expliqué que je n’avais pas d’invitation officielle pour visiter ces  laboratoires parce que j’étais en vacances, mais que, même en  tant que touriste, et comme coordinatrice de recherches de l’Université,  j’allais aussi prendre des contacts professionnels pour envisager un  post-doctorat et pour articuler avec des institutions françaises la  soumission de projets dans le cadre du 7ème Programme pour l’Investigation  et le Développement Technologique de la Communauté Européenne. Quand j’ai demandé à cette policière comment je pourrais inverser la  situation, elle m’a informé que ce serait seulement possible grâce à une  intervention de l’ambassade du Brésil en France, et que dans la salle ou  j’allais être «détenue», il y avait un téléphone et que je pourrais m’en  servir. La même policière m’a donné le numéro de téléphone de  l’ambassade.

J’ai été conduite dans une salle de détention ou il  y avait déjà 5 autres personnes. J’avais uniquement les vêtements que  j’avais sur moi, un papier avec les numéros de téléphone de Henri et de Riviane et celui de l’ambassade. Mon sac à dos et mon sac à main sont restés par terre dans un couloir d’accès à cette salle et mon passeport et  mon argent ont été retenus par la police française.

J’ai appelé  le numéro de l’ambassade qui répondait seulement avec un répondeur  indiquant un numéro à contacter pour les urgences. J’ai laissé un message  sur un deuxième répondeur pour expliquer ma situation. «Détenue dans un  aéroport d’un autre pays, désespérée, espérant une aide officielle du  Brésil je n’arrive à parler qu’à un répondeur». Le temps  passait, quelques personnes désespérées, d’autres en larmes dans une salle  pas propre et où il y avait seulement dix places assises avec un unique  téléphone disputé par tous. L’énervement, le sentiment d’insécurité et le  désespoir augmentaient.

Je crois vers 17 heures (je n’avais pas  de montre) on nous a apporté de la nourriture dans un sac: une boite de  salade au thon, un morceau de pain, un paquet de chips, une bouteille  d’eau et un dessert crémeux de bananes et pêches qui a servi à écrire les  numéros de téléphones que nous obtenions sur le mur de la salle de  détention (nous n’avions ni papier ni crayon !).

Vers 18 heures  nous étions tous conduits de nouveau dans la salle du département de  police où un interprète allait nous signifier que nous quitterions la  France par le premier vol et que la seule solution était de signer les  termes du «refus d’entrée en France» composé de 5 pages toutes écrites  naturellement en français.

Puis on est retourné dans la salle de  détention ou j’ai réussi à avoir au  téléphone un fonctionnaire du  consulat du Brésil qui était au courant de ma situation ayant écouté le  répondeur et ayant parlé avec mon ami Henri. Il m’a informée qu’il ne  pouvait rien faire et que je devais retourner au Brésil. J’ai réussi à  parler avec Yves et Riviane qui étaient toujours à l’aéroport et qui  avaient déjà fait des tentatives inopérantes pour prouver qu’ils allaient  vraiment m’héberger chez eux.

Vers 21 heures, le 10 avril  2009, la police m’a rendu mon argent et j’étais conduite avec 16 autres  brésiliens escortés par 10 policiers, à la porte d’embarquement pour  prendre le vol Tam JJ 8055 destination Rio de Janeiro.

En arrivant à Rio le personnel de la TAM – inefficace et montrant  leurs préjugés – m’ont rendu mon passeport et j’ai été conduite à la  police fédérale brésilienne pour ensuite prendre le vol TAM JJ 8068  destination Salvador de Bahia, et après le vol TAM JJ 3660 destination  Ilhéus.

Ce message bien que long ne parvient pas à dire la grande  frustration, la peur, l’insécurité, le manque de respect et les préjugés  que j’ai vécus durant ces 75 heures. Présentement je voudrais que  les autorités brésiliennes et française prennent connaissance de  «l’événement» que j’ai vécu et aussi donner des éclaircissements.

En fait, ce qui devait être un cadeau d’anniversaire a généré beaucoup de  souffrances.

Cordialement
Solange

À découvrir aussi
À partager
Petit guide – Lutter contre les préjugés sur les migrants
Avec cette troisième édition, la collection fête ses 10 ans. Un titre historique et plébiscité par les publics associatifs et scolaires à partager et échanger sans modération.
Acheter militant
Faites passer le message avec ce t-shirt « Il n’y a pas d’étrangers sur cette terre » !
Retrouvez tous nos produits militants, faites plaisir à vos proches tout en contribuant au financement de nos actions sur le terrain.