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Normandie

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Clandestins à OUISTREHAM

13 mars 2015

Soirées migrants à Ouistreham des 14 et 28 janvier et du 11 février 2015

Soirées  migrants à Ouistreham des 14 et 28 janvier et du 11 février 2015

Les clandestins de Ouistreham : Ces clandestins, que les associations préfèrent ne pas appeler ainsi car le terme parait désigner des personnes délinquantes mais c’est ainsi que les appellent les habitants de Ouistreham qui les voient  rôder le soir près des habitations vides de leur propriétaire, généralement caennais ou parisien. Cette population se cache et essaie, comme à Calais, de passer en Angleterre en se cachant dans les camions. Ils sont surveillés, interpellés, parfois placés en centre de rétention ou expulsés ; leur situation et leur nombre sont très mal connus et les 2/3d’entre eux sont albanais.

À la suite d’une réflexion sur la diaconie les paroissiens de Ouistreham ont commencé à s’interroger sur ces personnes ce qui a poussé des volontaires à se lancer dans une opération d’observation, d’enquête, de tentatives de contact et d’évaluation des besoins et des moyens d’y répondre.

Cette opération « face cachée de l’enquête » a été  suivie de trois soirées ouvertes au public et animées par le prêtre de Ouistreham afin d’informer le public et qu’il change de regard sur ces clandestins et que les personnes intéressées voient par elles-mêmes comment agir..

La première soirée fut consacrée à la migration dans la Bible qui montrait une grande similitude dans les causes des départs, les voyages et les tentatives d’intégration dans la nouvelle société.

Les deux autres soirées ont permis de parler des effectifs des pouvoirs publics  affectés à cette situation et à leur attitude: conseil régional, conseil général et municipalité de Ouistreham ainsi que du rôle des associations de défenses des droits des étrangers (La Cimade–ACAT) et des associations caritatives généralement locales.

Les associations s’occupent de fournir vêtements et nourriture aux personnes en détresse qu’elles soient françaises ou étrangères en principe. En réalité le  contact est très difficile à établir entre les associations  et les étrangers. D’autant plus que l’administration n’encourage pas la population à venir en aide aux étrangers puisque le maire a rappelé pendant la troisième réunion  qu’il existait une infraction d’aide au séjour pour les étrangers en situation irrégulière alors que cette infraction a été abrogée par un gouvernement précédent lors de la réforme du CESEDA.

La troisième soirée devait faire des propositions et l’on a vu malheureusement que les autorités locales cherchaient à se débarrasser du problème et le confier à d’autres niveaux ; le représentant de la région considérait que l’ensemble des collectivités territoriales devait aider sur un plan humanitaire et devait surtout traiter le problème à une échelle européenne. Ouistreham n’est pas Lampedusa  mais tous les pays de l’union devraient participer à l’effort humanitaire tant que la question de la fermeture de la frontière anglaise et les sanctions qui les accompagnent existeront. Le conseil général n’a pas de moyens et la mairie de Ouistreham ne veut surtout pas faire « appel d’air » ; Elle donne une petite subvention à une association locale qui aide les « nécessiteux » étrangers ou français. La seule obligation est d’aider les réfugiés syriens car c’est une recommandation du gouvernement.

Les effectifs des personnes candidates au voyage en Angleterre varient beaucoup. Les chiffres suivants ont été donnés par la gendarmerie de Ouistreham:

  • En 2013 environ 150 clandestins contrôlés sur la zone portuaire ;
  • Entre le 1er janvier le 15 septembre 2014, 270 ont été  contrôlés et le mois suivant environ 650 ! Sur les 650 contrôlés,  450 albanais (très encadrés  par une mafia albanaise) puis mais en petit nombre Afghans,  Pakistanais, Syriens,  Irakiens, Iraniens. Aucun en  décembre !
  • Depuis le 3 janvier 2015 10 à 15 personnes par semaine sont contrôlés ou  vus.

Lorsque la police démolit les misérables abris des étrangers bloqués à Calais ou devient agressive, ils quittent Calais pour venir à Ouistreham : il y a un principe de vase communiquant entre Calais et Ouistreham

Chaque lieu de passage a ses particularités :

  • La paf n’est pas présente à Ouistreham (c’est la gendarmerie uniquement) parce que la commune a moins de 10 000 habitants et que Ouistreham n’apparaît pas comme un port transmanche important  alors que  réellement il est le deuxième port de passagers avant Le Havre, Cherbourg, Roscoff avec deux rotations par jour. Ouistreham  a reçu le renfort de deux policiers seulement pour répondre à l’afflux de septembre.
  • Le maire considère que sa première obligation est la sécurité ; il a donc «nettoyé»  les quatre sites occupés.

L’augmentation des cambriolages en novembre a été imputé par  le maire à des parisiens et non pas aux étrangers présents  à Ouistreham. Le propos du maire était ambigu parce qu’il estimait que la hausse de ces vols provenait de l’absence de  policiers sur le terrain, occupés par les étrangers  à Ouistreham. En effet, la police elle-même se plaint de manquer  d’interprètes qui seraient nécessaires dans ces circonstances, ce qui allonge de beaucoup la durée de traitement des dossiers. Le maire a aussi dit que les réfugiés syriens étaient une grande préoccupation pour lui mais  de toute façon les étrangers devaient respecter les lois comme le maire doit respecter les lois et règlements que lui impose le préfet.

La seule aide fournie par le CCAS, selon cet organisme, aux demandeurs d’asile a consisté en un titre de transport pour aller à la préfecture se faire inscrire à Caen.

Les dégradations ou chapardages dans les maisons ou les cabines de bains sont limitées mais il est certain qu’il a pu y avoir des dégradations ou des disparitions d’objets. Le maire pourrait rassurer les habitants de la commune par un bulletin établi par les services municipaux, l’information est encore insuffisante ; la population ne fait pas toujours la différence entre un demandeur d’asile, personne fuyant les persécutions dans son pays et un migrant qui cherche du travail et veut vivre en paix avec sa famille en France. Le maire a déçu les membres de la paroisse catholique qui étaient venus  chercher les moyens d’action plus généreux et  ouverts à  des propositions plus accueillantes. La Syrie dont on a parlé très peu et très tard ne doit pas être traitée différemment des autres réfugiés fuyants leurs pays à feu et à sang.

Nous saluons l’initiative du curé de Ouistreham qui a mis sur la place publique la situation trop souvent ignorée de ces  « clandestins » qui tentent de rejoindre le Royaume-Uni dans des conditions très difficiles qui ne doivent pas nous laisser indifférents.

L’objectif était de mettre en relation les personnes de bonne volonté avec les associations et avoir une information suffisante pour avoir envie de collaborer avec les associations existantes et pour solliciter les élus à différents niveaux sur cette question.

L’avenir dira si cette tentative bienvenue aura été fructueuse.

J+J Le Billan, Cimade Caen le 13 février 2015

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