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En Isère des mineurs en danger exclus de la protection de l’enfance

7 mars 2013

Le groupe local de Grenoble a réalisé avec l’association Accueil demandeurs d’asile et le Secours catholique un rapport sur la situation des mineurs isolés en Isère. Entretien avec Denis Hatzfeld, l’un des rédacteurs.

Le groupe local de Grenoble a réalisé avec l’association Accueil demandeurs d’asile et le Secours catholique un rapport sur la situation des mineurs isolés en Isère. Entretien avec Denis Hatzfeld, l’un des rédacteurs. 

  • Pourquoi en êtes vous venus à vous intéresser à cette problématique des mineurs isolés ?

C’est un peu par la force des choses. À Grenoble nous travaillons étroitement avec l’association Accueil des demandeurs d’asile qui voit passer beaucoup de demandeurs d’asile. Par le bouche à oreille, Nicole, une bénévole, a su que des mineurs isolés cherchaient des solutions, et de fil en aiguille, elle en a aidé un, et les autres sont arrivés. Cela fait un an et demi environ, nous avons accompagné une trentaine de jeunes, en majorité des Congolais.

Certains de ces mineurs se retrouvent dans un vide juridique total car leur minorité est contestée par le Conseil général, suite à des tests osseux dont la précision est contestée par l’Académie de médecine, mais la préfecture refuse de les considérer comme majeurs.

Nous nous chargeons du juridique, avec une avocate, mais nous travaillons en coopération avec le Secours catholique qui assure l’accompagnement social de certains d’entre eux. Il héberge ainsi une demi-douzaine de mineurs qui ont été rejetés par le Conseil général.

C’est une action d’accompagnement particulière, il faut être sur le pont à toute heure du jour et de la nuit, trouver sans cesse des solutions d’urgence pour une population très fragile.

  • Pourquoi avoir décidé de publier ce rapport ? 

Je crois beaucoup dans la vertu de l’écrit pour pouvoir convaincre, notamment les élus. Si nous levons le poing devant la préfecture, nous pouvons espérer être filmés par des caméras et puis on oublie. Quand nous déposons sur le bureau d’un élu, ou que nous diffusons auprès du grand public, un rapport avec des éléments quantitatifs sur une situation, il reste. S’ils veulent continuer à nier les problèmes, les pouvoirs publics doivent alors démontrer le contraire de ce que nous avançons. Or il était urgent de rendre publique la situation dans laquelle se trouvent les mineurs isolés étrangers. Il n’existe pratiquement pas d’information sur ce problème. Même en France, on ne sait pas combien ils sont. On estime qu’ils sont 4 000 mais sur la base de quels chiffres ? Seul le Conseil général de l’Ile et Villaine a réalisé une enquête pour tenter de comprendre…, mais nous ne savons pas ce qui se passe dans les autres départements. Or, il faut qu’on puisse en discuter en toute clarté, publiquement. J’ai été surpris de l’audience que nous avons eue pour la publication de ce rapport, mais c’est bien la preuve qu’on manque cruellement d’informations fiables sur ce sujet…

  • Quels sont les principaux constats que vous mettez en lumière ? 

D’abord le Conseil général a en charge la protection de l’enfance en danger, et les mineurs isolés étrangers sont des enfants en danger. Pourtant, il est clair qu’ils sont considérés comme étrangers avant d’être mineurs et ils sont alors exclus du dispositif. Les enfants que nous rencontrons sont signalés au procureur pour que le Conseil général leur apporte une protection mais celui-ci refuse de les prendre en charge et les laisse à la porte. Pourquoi, parce que chacun des conseils généraux essaie de se défausser du problème sur le voisin pour faire des économies, et c’est le mineur qui en fait les frais. Cette attitude conduit, à mon sens, à rendre dramatique une situation, les conseils généraux espérant que l’État finisse par prendre en charge ces mineurs. Ce qui serait une aberration.

Surtout, ces mineurs ne posent pas de problème. Ils veulent suivre une formation, décrocher un travail. Pour les mineurs que nous accompagnons, tous sauf un ont des résultats scolaires plus qu’honorables. Or si nous les marginalisons, nous les poussons vers la délinquance… Marginaliser des jeunes, les exclure, c’est créer des problèmes sociaux. Il faut au contraire trouver des solutions en amont. Bien sûr, les mineurs isolés étrangers ne représentent qu’une fraction des personnes étrangères. Mais c’est un sujet sur lequel nous avons une responsabilité majeure parce que ce sont des jeunes en train de se construire.

Télécharger le rapport Le livre noir des mineurs isolés étrangers en Isère

Voir le numéro de Causes Communes, Ma jeunesse en papiers, janvier 2013

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