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Laurette 1942 ,le nouveau film de François Fourcou sur la France des camps

6 avril 2016

  Eté 1942, Laurette Monet, jeune protestante, alors étudiante en théologie en zone Sud qui avec l’innocence et l’énergie de ses 19 ans,découvre en s’engageant dans la Cimade (Comité Inter Mouvements Auprès des Evacués) le camp d’internement français de Récébédou, au moment des grandes déportations de l’été 1942. Laurette accompagne, […]

 

Eté 1942, Laurette Monet, jeune protestante, alors étudiante en théologie en zone Sud qui avec l’innocence et l’énergie de ses 19 ans,découvre en s’engageant dans la Cimade (Comité Inter Mouvements Auprès des Evacués) le camp d’internement français de Récébédou, au moment des grandes déportations de l’été 1942. Laurette accompagne, protège les populations internées par le gouvernement de Vichy: Juifs allemands, autrichiens, hongrois, antinazis expulsés par Hitler, antifascistes, républicains espagnols ou résistants, indésirables à la police du Maréchal. Face à l’horreur de ces antichambres de la solution finale, la conscience de cette protestante humaniste, femme parmi d’autres femmes, bascule dans la résistance.

 

Entretien avec le réalisateur Francis Fourcou

Pourquoi parler des camps ?
C’est avec la Guerre d’Espagne que commencent les attaques, les bombardements sur des populations civiles devenues, des cibles militaires. « La mère de toutes les batailles » disait Camus. Les camps sont les conséquences de la brutalité des bombardements, des attaques des civils par les militaires. Alors qu’aujourd’hui 24 000 réfugiés de l’immense gâchis moyen-oriental attendent d’être accueillis par la France, en 1939, ce sont 500 000 réfugiés espagnols que nous avons reçu en 10 jours ! Mal souvent, dans l’urgence, toujours, devant la gravité des attaques que cette population civile a subi, conséquence des nos inconséquences face à Franco et notre manque de soutien à l’Espagne Républicaine. Guernica, hier, c’est Alep aujourd’hui. Alors, la question des camps français, celle du rôle de la police de Vichy dans cette zone « libre » lors des grandes rafles de 42, est un de ces nombreux trous de mémoire de notre histoire. Le gouvernement de Vichy a perdu tout sens de l’honneur et de la dignité humaine, et a piétiné le droit d’asile. Pétain a trahi son pays une fois de plus, après l’armistice de 40, Montoire, le statut des juifs,….. A juste titre, Angèle Bettini l’appelle le Maréchal félon. C’est connu, ce qui l’est moins, c’est le rôle actif des Femmes dans le processus de Résistance. La première fois que le terme Résistance est utilisé pendant le Seconde Guerre Mondiale, c’est en juin 40 par une secrétaire du Musée de l’Homme, Paulette Oyon qui propose ce terme comme titre de la revue clandestine des mouvements naissant derrière Germaine Tillion. Avant de se libérer dit Paulette Oyon, il faut résister. Cette femme, cévenole et protestante, agissante dans ce noyau de premiers résistants, fait référence aux femmes protestantes, prisonnières de la tour de Constance qui avaient gravé dans la pierre du puits à Aigues-Mortes, ce mot : Résister. Cette Résistance des femmes, première dans ce conflit, du fait du départ des hommes sur le front, est négligée. Germaine Tillion, le rappelle, les premières résistantes étaient des femmes, leur rôle dans la constitution des réseaux fut déterminant, comme Angèle Bettini à Toulouse. Et pourtant, sur 1038 Compagnons de la Libération, 6 seulement sont des femmes.

Que sont ces camps?
La France des Camps, de 1939 à 1942, ce sont plus de 200 lieux d’internement, aujourd’hui oubliés, ignorés, ou disparus sous la végétation ou l’urbanisation galopante. Si l’on questionne autour de soi, qui sait que ce ne sont pas moins de 5 camps qui fonctionnaient aux portes de Toulouse? Les trois camps de Portet, le Récébédou, Clairfont, Les Sables, le camp de Brens, dans le Tarn où, Noé, le camp hôpital « modèle » que voulait Vichy où tout à si vite tourné au désespoir. Qui se souvient de Rieucros, en Lozère, le premier des camps « officiels » français? Qui se souvient d’Agde et de ses milliers de soldats tchèques fuyant Hitler qui y ont succédé aux Républicains espagnols? Qui se souvient des multiples camps où nous avons enfermé nos « voyageurs », nos tziganes français depuis des siècles ! 1942, c’est un archipel de deux cents camps hors du monde, cernés par la guerre. Des édifices bâtis à la hâte, sans aménagement, souvent sans chauffage, avec une administration prête à dresser toutes les listes, à soumettre l’Autre à l’arbitraire. La parole de ces jours sombres, le récit de ces femmes, sont souvent restés inaudibles, mais, il y eut Laurette. Laurette Monet, une femme de cœur exceptionnelle, envoyée par Madeleine Barot auprès de la délégation de la CIMADE au Récébédou en 1942, qui, inlassablement, aida les internés, passa lettres et colis, puis après son passage de quelques mois au Récébédou, rejoignit Nexon, un autre camp dans le Limousin, d’autres effrois, et enfin bascula dans la Résistance. Elle eut cette force d’Humanité, envers et contre tous, présente, pour ces internés sans droits, mais capables de solidarité, beaucoup de solidarités, discrètes, luttant jour après jour contre les drames, les morts, et le cortège des déportations de la terrible année 42. Il a fallu l’élan soudain d’une femme de 70 ans pour que ressurgisse cet engagement de jeune fille. Son livre, fraternel, engagé, a été le compagnon précieux de ces mois de travail d’écriture.

Parmi les résistantes et résistants mis en lumière, nous retrouvons Angèle Bettini qui a fait la une d’un ouvrage paru aux éditions Le vent se Lève. Qu’a-t-elle fait de remarquable?
Angèle est une des premières à dire –pour reprendre ses mots- « non au Maréchal félon ». Son acte de bravoure, le tract jeté sur le cortège du Maréchal le 5 novembre 1940, dans un pays, dans une zone Sud massivement pétainiste, elle l’a payé de 4 ans de camp. C’est pour moi un exemple de générosité de vie, d’audace. Je dirai aussi simplement que dans un moment récent et tragique de ma vie, elle a trouvé la force de me donner son courage, de m’appeler chaque semaine et de me redonner foi dans le combat de nous avec nous-mêmes. Plus que remarquable, cette femme est une héroïne véritable pour laquelle j’ai une admiration profonde. L’action de ces femmes dans la guerre est ignorée par l’Histoire. Ces Femmes majuscules portent une dimension différente de l’héroïsme si souvent magnifié : la Résistance armée. Les femmes, portées par leurs convictions, ont constitué le cœur de la Résistance civile, et, elles n’oublient jamais leur lien charnel avec l’humanité. Un ami cher, Jean Lévy, caché par sa mère dans une ferme du bordelais pour échapper aux rafles m’a dit un jour ce mot « ma mère m’a sauvé de toutes les façons pendant la guerre ». C’est par la voix de ces femmes que je souhaite raconter cette histoire : celle de Camps remplis par des lois d’exception, votées hâtivement, appliquées dans la dureté absolue. Mais il est plus facile de filmer des actes de résistance militaire, plus spectaculaires que les actes de solidarité et les actions quotidiennes contre la mort, la maladie, la faim et le désespoir. C’est grâce à cette résistance discrète que 75 % des juifs de France ont pu être sauvés (75 à 80 % des juifs de Hollande ont périt).

Votre film se situe entre documentaire et fiction : pourquoi ce choix ?
Après avoir lu le livre de Laurette Monet, j’ai essayé de la retrouver. Et lorsque j’ai enfin réussi, elle était décédée. Il fallait donc recréer son personnage. C’est ainsi que j’ai décidé de mettre en scène deux Laurettes : celle de 1942 et celle de 1993. Un va-et-vient dans le temps qui m’a permis d’inclure des témoignages de celles qui ont vécu cette histoire. Il me paraissait nécessaire de donner la parole à des femmes qui vont disparaître et de les « fixer » pour l’Histoire. Le film intègre par ailleurs des images d’archives inédites des camps de Noé, du Récébédou et de Rivesaltes retrouvées aux États-Unis.

Laurette 1942 peut-il donner un éclairage au débat en cours sur l’afflux de réfugiés en Europe?
Bien sûr. La France s’apprête à accueillir des réfugiés. Si l’on compare avec février 39, où notre pays a accueilli 500.000 républicains espagnols en 10 jours auxquels il faut rajouter les milliers de juifs expulsés par Hitler en 1940, le chiffre est dérisoire. Le Liban à lui seul en accueille 1,2 millions sur une population totale de 4,5 millions ! Ces réfugiés de 1939 sont devenus français, ils ont eu des enfants, leur culture nous a inspiré : la culture catalane et espagnole font partie intégrante de notre culture aujourd’hui. Mais notre travail n’est malheureusement pas achevé : l’actualité montre que nous n’avons rien appris de l’histoire. Les 62 millions de réfugiés victimes de conflits partout dans le monde en sont l’exemple. Enfin, Laurette c’est l’histoire d’une foi en l’engagement. Au moment où des actes barbares inhumains détruisent l’image de l’engagement par la foi, Laurette nous montre le visage juvénile de l’Humanité, de l’Engagement et de la Résistance. Nous l’aimons pour cela.

Un extrait du commentaire de Rémy Pech, historien, écrivain, et ancien président de l’Université Jean Jaurès :

« ….Francis Fourcou et sa brillante équipe ont réussi à relever la gageure d’amalgamer aux documents d’époque, les témoignages et les reconstitutions dont les acteurs ont parfaitement assimilé les enjeux. Voici dévoilés à nos yeux certains incunables qui ont été conservés dans les archives universitaires américaines : Vichy avait, en effet, ouvert le camp du Récébédou à des reporters afin, au prix d’une mise en scène falsificatrice, de cultiver la neutralité trop longtemps bienveillante de Roosevelt. La narration de Philippe Caubère, toute d’émotion contenue, le jeu des acteurs portés par l’héroïsme tranquille de ceux qu’ils incarnent, la force des témoignages d’Angèle, Edith, Sylvia et Maria, octo ou nonagénaires d’une étonnante jeunesse, suffisent à distinguer ce superbe film. L’alternance du sépia des actualités d’époque et de la couleur des scènes restituées, scrupuleusement documentées, la musique lancinante, ancrée dans les traditions juives et tziganes d’Europe centrale, donnent à cette œuvre un cachet particulier.
Au moment où la lucidité oblige à reconnaître, en écho à Bertolt Brecht, que le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde, ce film arrive à son heure. Il ne sera pas reçu comme un simple film de mémoire. Il est bien, et pleinement, un film d’actualité. »

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