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Outre-Mer

GUADELOUPE GUYANE LA RÉUNION MAYOTTE

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Les Abymes ou les 120 journées en Guadeloupe

29 août 2016

Morceau choisi d’une rencontre au centre de rétention des Abymes en Guadeloupe soulignant l’inadaptation de la politique migratoire française dans la Caraïbe

En arrivant au centre de rétention ce jour-là nous rencontrons deux dames assez remontées. Ne comprenant pas ce qu’elles faisaient là elles vitupéraient contre la police et contre le mauvais sort. « Mais si nous sommes entrées légalement! ». Il nous arrive rarement, il faut bien le dire, de voir au centre de rétention des personnes ne se sachant pas en situation irrégulière sur le territoire.

Il nous avait été indiqué par la police qu’elles étaient de nationalité dominiquaise. Nous furent donc surpris de les entendre parler espagnol. D’origine dominicaine mais ayant également la nationalité dominiquaise elles vivent à la Dominique et se rendent régulièrement en Guadeloupe pour acheter des vêtements, des boissons ou d’autres articles de consommation courante pour les revendre dans une petite boutique (pour l’une) ou dans la rue (pour l’autre) en Dominique.

La police, chose rarissime en Guadeloupe, s’était rendue à leur domicile pour les interpeller. Pourquoi tant de zèle ? Ne participent t’elles pourtant pas au rééquilibrage de la balance commerciale nationale ?

Comme tous les Dominiquais elles bénéficient d’une dispense de visa pour les séjours d’une durée inférieure ou égale à 15 jours pour les départements de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Guyane. Cela représente certes une louable adaptation du droit à la situation locale.

Venues avec leur passeport, par la liaison régulière en ferry de Roseau à Pointe-à-Pitre elles étaient en Guadeloupe depuis moins de 15 jours. Elles pensaient donc être en règle et avaient avec elles leur billet de retour.

Après une petite investigation nous nous rendons compte que les ressortissants dominiquais ne doivent toutefois pas rester sur le territoire plus de 120 jours cumulés dans les 12 derniers mois. Apparemment elles avaient déjà dépassé ce temps.

Si elles connaissaient cette limitation elles pensaient qu’elle s’appliquait sur l’année civile et non sur les 12 derniers mois. Nous nous lançons donc dans de savants calculs  pour savoir quand est-ce que leur « compte-jours » leur permettrait de revenir en Guadeloupe pour leur petit commerce. Ça s’avère compliqué … « Dans le pire des cas, on peut faire comme tout le monde, venir illégalement ! »

Cette dernière remarque, lancée non sans humour montre bien à quel point les liens humains entre la Guadeloupe et la Dominique sont d’une intensité telle qu’une telle politique restrictive ne contribue aucunement à « réguler » les allers et venues des Dominiquais mais qu’elle a comme seul effet de pousser des gens bien respectueux des règles à entrer dans l’irrégularité.

Non seulement la politique migratoire est injuste mais en plus elle se retrouve utilisée à des fins absurdes. Comme nous l’a confié une personne relevant de l’administration : « ce sont des commerçantes qui vivent en Dominique et qui font l’aller-retour pour faire leurs achats, si ça ne tenait qu’à moi on les aurait pas arrêtées … mais bon ils ont compté les jours ».

Quelle plus belle mise en relief de l’absurdité de la politique migratoire française dans la Caraïbe ! Ou comment imposer un cadre strict dans un contexte fluide. Ce n’est certes pas l’exemple le plus dramatique en terme humain mais il révèle bien l’impossibilité de garder des territoires français « sous cloche » dans un environnement historiquement, humainement et géographiquement connecté. Ceci est particulièrement vrai pour la Dominique, seule voisine au sud, bien souvent visible depuis la Guadeloupe, dont les habitants partagent avec ceux de l’île voisine une langue et une culture créole commune.

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