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De l’exception à la règle, des centres de rétention aux camps

27 janvier 2010 |

Rappelons-le, les centres de rétention ont pour vocation de " retenir " des personnes en voie d'expulsion (sous le coup d'un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière par exemple) pendant le temps strictement nécessaire à l'organisation de leur départ par l'administration. Ce sont donc à l'origine des " lieux de transit ".
Pourtant, nous avons assisté peu à peu à une transformation du dispositif de la rétention administrative jusqu'à l'apparition de véritables camps.
Les centres de rétention du Mesnil 1 et 2 placés à proximité des pistes de l'aéroport de Roissy- Charles de Gaulle illustrent bien ce phénomène.

L'enfermement et l'éloignement de personnes en situation irrégulière ont été autorisés et légalisés par la loi de 1980 (Bonnet et Peyrefitte). La loi du 29 octobre 1981 a légalisé et organisé la rétention administrative.

En 1984, le gouvernement a donc décidé de la création de centres de rétention dans les principales villes du pays.


Alors que la durée maximale de rétention était de 7 puis 10 puis de 12 jours, elle est passée à 32 jours avec la loi dite "Sarkozy" du 26 novembre 2003.
Cette loi a été un véritable tournant dans l'histoire de la rétention avec l'allongement considérable de la durée de la rétention. Le ministère de l'intérieur a fixé pour la première fois des objectifs chiffrés de reconduites à la frontière. S'en sont suivies l'augmentation de la capacité et la création de nombreux nouveaux centres de rétention sur tout le territoire.

En 2005, un décret est même venu consacrer l'accueil d'enfants en rétention, prévoyant que certains centres seront habilités à cet effet.

En 2006, le gouvernement a annoncé un calendrier d'extension et de construction des centres jamais réalisé auparavant. De 786 places en 2003, on passe à 2007 places en 2008.

Alors que placer en rétention était une exception, cette pratique est devenue systématique et accompagne un nombre croissant d'interpellations dans l'objectif de remplir les quotas fixés par le Ministère de l'immigration (..) aux préfectures.
Les centres sont construits sur des modèles de plus en plus carcéral (limitation des contacts humains, généralisation de la vidéo surveillance, meubles fixés au sol, communication par interphones...)
Le centre de Vincennes qui pouvait contenir 280 personnes est à ce jour l'exemple le plus tragique de l'industrialisation de la rétention.
L'incendie qui l'a entièrement détruit le 22 juin 2008, après la mort, la veille, d'un retenu tunisien dans le centre, a démontré à quelles conséquences dramatiques cela pouvait mener.

L'enfermement systématique et l'expulsion des migrants sont devenus un mode de gestion de l'immigration. La rétention administrative s'apparente de plus en plus au monde carcéral. Sa vocation n'est pas seulement d'enfermer et d'expulser les personnes mais aussi de les punir. L'Etat mène une politique sécuritaire qui s'inscrit dans le contexte " d'une Europe forteresse " dans laquelle les camps se multiplient (voir les cartes en annexe) pour rejeter les migrants aux frontières de l'Europe, toujours plus loin.
L'ouverture du centre du Mesnil 2 est le prémisse de l'ouverture de véritables camps d'internement qui font fi des droits les plus élémentaires et de la dignité humaine et dans lesquels la société civile aura de moins en moins de regard et de possibilités d'agir.

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