L'origine de la révolte
27 janvier 2010 |
Si la tension est constante à l'intérieur des centres en dépit de conditions matérielles globalement correctes, c'est avant tout en raison des situations individuelles des personnes placées en rétention et menacées d'expulsion.
L'examen individuel des situations comme le respect de principes d'humanité élémentaires - respect de la vie privée et familiale, nécessaire protection des malades, des mineurs…s'efface devant l'impératif " d'efficacité " exigé par le Ministère.
Les dérives et les absurdités se multiplient. En amont on voit la multiplication des interpellations à domicile, en particulier de familles, devant des écoles, des contrôles d'identité motivés par un crachat sur la voie publique ou une traversée en dehors des clous qui révèlent la réalité de la multiplication des contrôles au faciès, des interpellations massives, des encouragements à la délation, etc.
Examen superficiel des “dossiers”, sous un angle répressif, application mécanique de la loi sans prise en compte des situations humaines conduisent à l'enfermement de femmes enceintes, d'enfants (y compris de nourrissons), de malades, de personnes dont toute la famille est en France ou qui y vivent et y travaillent depuis parfois plus de 20 ans, mais aussi arrestation de touristes ou d'étrangers en train de rentrer chez eux et stoppés à la frontière pour être expulsés et ainsi gonfler les statistiques.
Enfin, si la violence ressentie en rétention est très souvent aussi une violence morale, psychologique, symbolique, liée à la décision d'expulsion elle-même, la violence physique est également présente. Elle reste relativement peu fréquente à l'intérieur des centres de rétention, mais elle est beaucoup plus grave lors de la procédure d'expulsion qui a lieu en dehors de tout regard extérieur. Les témoignages les plus nombreux de violences policières évoquent des faits qui se déroulent en garde à vue, pendant les escortes, ou lors de tentatives d'embarquement. Elles sont souvent corroborées par des certificats médicaux établis lorsque les personnes retenues arrivent dans le pays de destination ou quand elles sont ramenées au centre de rétention après un embarquement. Les retenus évoquent le plus souvent des coups, des étranglements, et des étouffements perpétrés par la police aux frontières (PAF). Or les retenus en centre sont les témoins directs de ces actes lorsque les personnes retenues sont de retour au centre après une tentative d'embarquement qui a échoué. Ces pratiques ne font que rajouter un fort sentiment d'injustice, de colère et de peur face aux mesures d'expulsion.
En rétention, la capacité des centres est un facteur aggravant : plus ils sont grands et plus la tension y est forte et les violences fréquentes. A titre d'exemple, nous avons recueillis à Vincennes au début de l'année 2008, plus de vingt plaintes pour des faits de violence policière.
Exposés à cette violence des institutions, les étrangers placés en rétention réagissent, et la tension monte. C'est avant tout contre eux-mêmes que les étrangers retournent cette violence. Pour beaucoup d'entre eux qui ne peuvent supporter la privation de liberté, la perspective de l'expulsion, s'en prendre à son propre corps apparaît comme le seul moyen de protestation. Automutilations, tentatives de suicide, grèves de la faim se multiplient. Ingestion de piles, de lames de rasoir, de shampooing, tentatives de pendaison, tailladage des bras, etc. Ces violences que les personnes retenues exercent à leur encontre conduisent souvent à une hospitalisation, parfois suivie d'une libération, parfois aussi d'un retour en rétention et d'une nouvelle prévision d'embarquement, parfois aussi d'une nouvelle tentative…C'est un cercle sans fin de souffrances.
Les mouvements de révolte et les grèves de la faim sont également récurrents dans ces lieux. Plus collectifs, pacifiques ou non, ils mettent en avant les mêmes revendications : prise en compte des situations individuelles, conditions de rétention etc.
Ils font désormais partie du quotidien des centres de rétention. Si certains font l'objet d'une médiatisation (plus long, plus dramatiques, portés par des " leaders " plus en capacité de s'exprimer), d'autres, la plupart restent inconnus.
Les réponses apportées sont le plus souvent identiques : expulsion ou transfert des principaux porte-paroles d'un lieu à un autre, interventions policières parfois massives etc.
Dans le cadre de la rétention, ces mouvements sont très souvent voués à l'échec. Ils sont pourtant le signe, l'esquisse d'une auto-organisation des étrangers retenus, un moyen pour eux de retrouver une dignité, un espace de liberté, à travers une lutte menée collectivement, un moyen d'être à nouveau acteurs de leur propre vie et non victimes passives de la machine à expulser.
