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Traverser les murs

Récemment, une dame sortie depuis plusieurs mois de prison me demande : « Quand est-ce que j’aurai fini de purger ma peine ? Quand est-ce que ma famille aura fini de purger ma peine ? »

Entrée en France avec un faux passeport pour fuir son pays d’origine, cette dame a été condamnée à la prison et à une mesure d’expulsion. Depuis, elle a été reconnue réfugiée mais, à cause de cette mesure d’expulsion qui reste en vigueur, elle est assignée à résidence avec un titre de séjour provisoire de 3 mois. Dans cette situation précaire, il lui est aujourd’hui presque impossible de trouver un travail, un logement ou une formation. Certes elle a commis un délit pour sauver sa vie, mais elle a purgé sa peine. Aujourd’hui, elle en porte encore le poids, comme des milliers d’autres étrangers empêchés de reconstruire leur vie après un passage en prison.

Or l’emprisonnement quasi systématique de femmes, d’hommes et d’enfants est devenu un des outils de la politique d’immigration actuelle, criminalisant les étrangers et les étrangères, et les condamnant à rester au ban de la société. Contre cette mise à l’écart, 120 bénévoles de La Cimade entrent quotidiennement en prison pour y rencontrer des personnes étrangères incarcérées. Nous les conseillons, les informons sur leur droit ou non à rester en France et les aidons dans les démarches juridiques et administratives.

Fondé sur la conviction que toute personne a le droit de se défendre, le travail des équipiers de La Cimade n’est empreint d’aucun jugement ni sur la personne ni sur les motifs de sa condamnation. Toute personne doit avoir un accès effectif à ses droits, point. Qu’il soit prévenu ou condamné, français ou étranger, homme ou femme. Or, lors de nos visites en prison, nous constatons que les préfectures violent régulièrement les droits des étrangers et étrangères détenus, aussi infimes soient-ils, comme le droit de déposer une demande de titre de séjour ou une demande d’asile.

Pourtant, la prison n’est pas un lieu de non-droit ! La prison ne peut être considérée comme un trou dans l’espace temps ; un monde qui n’existerait pas vraiment, en dehors de notre société. Nous tous, en allant en prison, nous refusons cette idée.

Il faut que nous regardions nos prisons en face. Il est temps d’accepter que les prisonniers et les prisonnières font partie de notre communauté car ils reviendront parmi nous.
Ils doivent pouvoir se réinsérer dignement, qu’ils soient français ou étrangers, et les obstacles administratifs pour y réussir doivent être définitivement levés.

La lutte contre la récidive, thème si cher aux yeux de tous, ne pourra être efficace qu’à partir de la prison. À la sortie, il est déjà trop tard. Le temps passé en prison ne devrait donc pas être un temps mort mais être utilisé pour préparer le retour dans la communauté en s’en donnant les moyens.

En traversant les murs de la prison, nous apportons un peu d’humanité et de solidarité aux personnes étrangères emprisonnées. Traverser les murs, c’est s’engager à être un pont entre le dedans et le dehors et ainsi rapprocher ces deux mondes. En dialogue avec les institutions et les autres intervenants, nous tentons ainsi de proposer un regard citoyen et pragmatique sur les questions carcérales.

Nous ne pouvons plus longtemps accepter que les plus pauvres, les plus faibles, les plus démunis d’entre nous, les personnes étrangères, subissent l’arbitraire.
Nous ne pouvons accepter que leurs droits fondamentaux ne soient pas garantis.
Nous ne pouvons plus longtemps tolérer la double peine que ces hommes et femmes subissent derrière les murs.

Caroline Bollati, responsable de la commission Prison à La Cimade

> Point de vue publié dans Causes Communes, n°67, janvier 2011. Retrouvez y tout un dossier consacré à la situation des étrangers en prison.

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