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Un touriste enfermé échappe à l’expulsion et perd son billet retour

6 février 2015

Ahmed est parti de son pays d’origine, le Bangladesh, pour aller travailler en Espagne. Il habite à Barcelone et son emploi lui a permis l’obtention d’un titre de séjour. Début janvier 2015, un ami l’invite à passer une semaine à Paris. Ahmed achète un billet de bus pour l’aller et un billet d’avion pour le retour une semaine après.

Ahmed est parti de son pays d’origine, le Bangladesh, pour aller travailler en Espagne. Il habite à Barcelone et son emploi lui a permis l’obtention d’un titre de séjour. Début janvier 2015, un ami l’invite à passer une semaine à Paris. Ahmed achète un billet de bus pour l’aller et un billet d’avion pour le retour une semaine après.

Comme n’importe quel touriste qui a peur de perdre son passeport, Ahmed le laisse chez son ami lorsqu’il sort pour se balader. Deux jours avant son retour à Barcelone, Ahmed fait l’objet d’un contrôle d’identité. Il n’a que son titre de séjour espagnol sur lui et pas son passeport, il ne peut donc pas justifier de son droit au séjour en France et il est placé en retenue administrative. Tout va très vite au commissariat et comme l’hébergeant d’Ahmed est à son travail, il n’a pas le temps d’apporter le passeport et le billet d’avion qu’Ahmed a laissé chez lui.

Les autorités espagnoles sont saisies et acceptent la réadmission d’Ahmed. Il est placé en rétention administrative en vue de l’exécution de cette réadmission. Arrivé dans mon bureau, je l’aide à récupérer une copie de son billet d’avion (pour le lendemain soir !) et des scans de son passeport. Je transmets ces pièces au service de l’éloignement de la préfecture du Val d’Oise. La préfecture est convaincue qu’Ahmed va prendre son avion, ce dernier est libéré dans l’heure après plus de vingt-quatre heures de privation de liberté inutile. A sa sortie, il demande que son titre de séjour espagnol lui soit remis pour qu’il puisse prendre l’avion. Les greffiers du CRA lui disent que le document sera remis à l’Unité Locale d’Éloignement (ULE) et qu’il le récupérera à son départ.

Mais le périple d’Ahmed en France ne s’arrête pas là !

Le lendemain, arrivé à l’aéroport, l’embarquement à destination de Barcelone est refusé à Ahmed, car bien qu’il ait présenté son passeport, il n’a pas de titre de séjour espagnol en cours de validité. Personne ne peut le renseigner, Ahmed ne sait plus quoi faire…

Le lendemain matin, Ahmed appelle un compatriote qu’il avait rencontré dans le centre de rétention et à qui il avait donné son numéro de téléphone : « Tu peux me passer le Monsieur de La Cimade ? – Bonjour Monsieur, c’est Ahmed, je n’ai pas pu prendre l’avion, je ne sais pas où est mon titre de séjour espagnol, est-ce que vous pouvez m’aider ? ». J’appelle le greffe du CRA puis le service d’éloignement de la préfecture et je me renseigne sur ce qu’il s’est passé les deux derniers jours : la préfecture a envoyé une voiture au CRA pour récupérer le titre de séjour et aller le déposer à l’ULE, mais les greffiers du CRA n’avaient pas bien compris les instructions de la préfecture. Ils ont envoyé eux-mêmes le titre de séjour non pas à l’ULE, mais à la préfecture, non pas par coursier…. mais en lettre recommandée avec accusé de réception ! Avec le weekend, le courrier n’arrivera à la préfecture que quelques jours plus tard.

Ahmed doit donc demander à son ami de l’héberger trois ou quatre jours supplémentaires, voire plus, le temps que le courrier arrive, qu’il récupère son titre à la préfecture du Val d’Oise à Cergy (à plus d’une heure de transport de son lieu d’hébergement), qu’il achète un nouveau billet d’avion et qu’il puisse rentrer chez lui.

Après avoir inutilement privé de liberté un touriste et avoir essayé de l’expulser alors qu’il voulait rentrer dans son pays de résidence, l’Administration française oblige Ahmed à rester en France tout aussi inutilement.

Nicolas Braun, intervenant pour La Cimade au CRA du Mesnil-Amelot

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