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Le préfet de la Corrèze expulse un somalien – Double peine

13 mai 2019

Le préfet de la Corrèze expulse un somalien Double peine pour Mohamed M. F. Dans quelques heures, Mohamed M. F., âgé de 31 ans, demandeur d’asile, va être expulsé vers la Somalie sur ordre du préfet de la Corrèze. Nous, associations de soutien et de défense des droits des étrangers, […]

Le préfet de la Corrèze expulse un somalien

Double peine pour Mohamed M. F.

Dans quelques heures, Mohamed M. F., âgé de 31 ans, demandeur d’asile, va être expulsé vers la Somalie sur ordre du préfet de la Corrèze.

Nous, associations de soutien et de défense des droits des étrangers, signataires du manifeste « Non aux expulsions sur la Montagne Limousine ! », demandons au préfet de la Corrèze, d’annuler sa décision.

Mohamed M. F. est d’origine somalienne, issue d’une fratrie de 11 enfants, jamais scolarisé, son père a été assassiné quand il avait 6 ans, pauvre parmi les pauvres dans un pays qui n’a plus d’État, où règnent la guerre et la famine, où les eaux très poissonneuses sont pillées par les grands thoniers occidentaux, où des déchets toxiques sont déversés sur les côtes somaliennes, où les plages sont transformées en poubelles radioactives.

Mohamed M. F. a été amené de force de Somalie à la prison de Fresnes en France, puis jugé pour avoir participé à l’attaque d’un catamaran au large des côtes somaliennes en 2011. Il a été condamné en 2016 pour acte de piraterie dans l’affaire du Tribal Kat. Condamnation qui n’a pas été assortie d’une Interdiction de Territoire français car la Cour d’Assises connaît les risques de renvoyer un somalien en Somalie.

« Dans ce procès, tout le monde avait compris le drame humain qui avait pu mener ces hommes à commettre des actes de piraterie. » Rachel LINDON, avocate de Mohamed M. F.

Mohamed M. F. a aujourd’hui purgé sa peine et devait sortir libre du centre de détention d’Uzerche mardi 14 mai 2019.

L’association Montagne Accueil Solidarité de Peyrelevade s’était engagée à l’héberger et à le soutenir.

Durant la majeure partie de sa détention, Mohamed M. F. n’a pas eu la possibilité de faire respecter ses droits. En novembre 2018, il a enfin réussi à déposer une demande d’asile car il craint pour sa vie en cas de retour dans son pays. Il est d’ailleurs toujours demandeur d’asile en attente d’une audience devant la CNDA.

Mais coup de théâtre, sans attendre la fin de la procédure de sa demande d’asile, M. Frédéric VEAU, préfet de la Corrèze, en a décidé autrement et ordonne à Mohamed M. F. de quitter le territoire français sans délai.

Sa femme et ses enfants sont menacés depuis son arrestation en 2011. Ils ont dû quitter leur village et sont obligés de vivre cachés. Sa mère a reçu des menaces de la part des Shebabs (groupe terroriste islamiste somalien). Mohamed M. F. craint d’être assassiné dès son arrivée par les chefs des pirates pour les avoir dénoncés.

Et à juste titre, car Youssouf Mohamed Ahmed, ancien pirate somalien, jugé et condamné en France, puis expulsé par la Suède, pays où il avait décidé de se marier et de refaire sa vie, a été assassiné fin 2018 à Mogadiscio d’une balle dans la tête, moins de 24 heures après avoir posé le pied en Somalie.

Mohamed M. F. a toujours coopéré avec la justice française. Il n’a jamais nié les faits reprochés. Il a toujours eu un comportement exemplaire en détention. Il a appris le français et a passé des diplômes certifiant. Il occupait un poste d’auxiliaire d’étage accessible à très peu de détenus. C’est une personne courageuse, généreuse et intelligente qui a adopté nos codes culturels. Il a bénéficié de plusieurs remises de peine.

Aujourd’hui son moral est au plus bas car retourner en Somalie signifie pour lui LA MORT. Ses avocats Rachel LINDON et Thomas HEINTZ se sont battus pour l’empêcher de mourir, parce qu’il n’y a sans doute pas plus démuni qu’un somalien dans une prison française. Personne ne parle leur langue, personne ne leur rend visite, personne ne peut les rassurer face à la brutalité du choc culturel.

Quel est le sens d’une justice qui enferme pendant des années une personne et qui, trois semaines avant sa sortie, le condamne à nouveau ? 

Quel est le sens d’une justice qui ordonne un retour forcé dans un pays en guerre et sans État, en proie aux violences des Shebabs et de Daesh ?

LE RETOUR EN SOMALIE EST UNE CONDAMNATION A MORT POUR MOHAMED M. F.

EXIGEONS du préfet qu’il annule l’Obligation de Quitter le Territoire pris à l’encontre de Mohamed M. F.

EXIGEONS du préfet que Mohamed M. F. sorte libre du centre de détention d’Uzerche mardi 14 mai 2019.

EXIGEONS la fin de la double peine pour toutes les personnes étrangères détenues !

NON aux EXPULSIONS sur la Montagne Limousine ! OUI à l’ACCUEIL !

RASSEMBLEMENT DEVANT LA PRÉFECTURE DE TULLE

LUNDI 13 MAI À 14H00

Le 06 mai 2019, victime de la double peine, un homme s’est suicidé dans sa cellule de la maison d’arrêt de Grasse, alors qu’il était menacé d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. https://www.lacimade.org/presse/prison-de-grasse-un-homme-victime-de-la-double-peine-retrouve-mort-avant-son-expulsion/

 

Le 14 mai, Mohamed M. F. a été transféré de la prison d’Uzerche au centre de rétention administrative (CRA) de Bordeaux pour être expulsé vers la Somalie. Craignant pour sa sécurité en cas de retour, Mohamed M. F., a refusé de rencontrer les autorités consulaires de son pays d’origine, alors que sa demande d’asile est toujours en cours d’examen devant la Cour Nationale du Droit d’Asile.

L’administration française, qui dispose pourtant de tous les renseignements nécessaires à l’établissement de son identité qu’il n’a jamais cachée, a choisi de le punir pour avoir tenté de se protéger, en violation de ses droits de demandeurs d’asile les plus fondamentaux. Condamné à 2 mois de prison, il a été transféré à la prison de Gradignan le 16 mai.

La Cimade condamne fortement l’acharnement répressif des autorités françaises, en toute violation des droits prévus par la Convention de Genève pour la protection des demandeurs d’asile.

Auteur: Région Centre Ouest

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