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Le Tourniquet – 10

23 janvier 2019

Nous sommes l’équipe « JLD » du groupe local de La Cimade à Marseille. Nous nous rendons régulièrement aux audiences données dans le cadre du centre de rétention administrative. Les audiences y sont publiques. Chaque semaine, nous raconterons dans cette chronique ce que nous avons vu et entendu derrière le tourniquet, ces pratiques de privation de liberté, cette justice réservée aux étrangers.

Le policier pédagogue

Le jeune Algérien présenté à l’audience a un travail, un logement, une amie (elle est dans la salle), de la famille à Marseille. Mais pas de titre de séjour autre que ce visa de tourisme expiré depuis plusieurs mois.

Il a été interpellé, la Préfecture a prononcé une Obligation de Quitter le Territoire (OQTF) et une Interdiction de Retour sur le Territoire Français (IRTF) contre lui. Lui a déposé une requête en contestation.

La représentante de la Préfecture, pour justifier son maintien en rétention, rappelle qu’il a dit vouloir rester en France. Alors son amie, qui depuis le début de l’audience respire très fort pour tenter de réprimer ses larmes, lance « On va se marier. » Le juge rétorque : « On ne se marie pas comme ça.» et suspend l’audience pour réfléchir à la requête en contestation.

Tout le monde sort. La jeune femme est en colère qu’on ne l’entende pas. Un membre de la Police Aux Frontières vient alors, longuement et patiemment, lui expliquer : « La juge, elle ne peut pas sortir de la loi. Même si vous vous mariez, votre mari, il sera irrégulier, il est inscrit sur un fichier. »  Il la regarde avec bienveillance et reprend. « Comprenez, la juge ne fait qu’appliquer la loi… Allez, écoutez-moi bien, là c’est  la politique, la loi elle est votée, ce sont les députés. Moi aussi, je suis policier, il y a des codes. La magistrate, elle ne peut pas dire : Je vous libère. » La jeune femme, faisant un geste du doigt qui tourne autour de sa tempe : « C’est pas logique. »

Le policier ne désarme pas : « S’il quitte le territoire – il fait le geste d’écrire s’aidant des deux mains, une à plat pour le papier, l’autre pour le stylo – c’est marqué. Après c’est plus facile de lever l’IRTF, parce que là c’est une interdiction administrative… ». L’amie ne suit pas ces nuances et répète : « C’est pas logique ! »

L’audience va reprendre. Un dernier mot : « Bon … présentez-vous à la députation. »

Et le policier retourne à sa fonction officielle.

 

 

 

 

Cette chronique vous intéresse ? Retrouvez ici les numéros précédents du Tourniquet

Le lien pour consulter le rapport 2017 de la Cimade sur les centres et locaux de rétentions

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