Sud-Est

» retour

Le Tourniquet – 11

30 janvier 2019

Nous sommes l’équipe « JLD » du groupe local de La Cimade à Marseille. Nous nous rendons régulièrement aux audiences données dans le cadre du centre de rétention administrative. Les audiences y sont publiques. Chaque semaine, nous raconterons dans cette chronique ce que nous avons vu et entendu derrière le tourniquet, ces pratiques de privation de liberté, cette justice réservée aux étrangers.

« Nous sommes amoureux, vous comprenez ? »

Dehors, en attendant l’ouverture de l’audience suivante, elle nous avait interpellé pour nous demander comment ça se passait. « Elle », c’est Samia, tout juste la vingtaine, fine et fragile comme une brindille. Son compagnon va comparaître et demander à être assigné à résidence. « Je suis amoureuse, je ne peux pas vivre sans lui… Vous comprenez ? »

Monsieur B. a sans doute quelques années de plus. Il est algérien, vit en France depuis 2011. Il a déjà fait deux ans de prison à Fleury-Merogis pour avoir fait partie d’un réseau de faux-monnayeurs mais il a purgé sa peine et respecté ses obligations. Monsieur B explique qu’en sortant de prison, il a voulu retourner en Algérie mais qu’on ne l’a pas autorisé puisqu’il était sous contrôle judiciaire. Aujourd’hui, il vit en couple à Marseille, il a une adresse stable et ne veut plus partir. Mais il n’a pas de passeport.

La représentante de la Préfecture estime que les garanties ne sont pas suffisantes et propose que sa demande d’assignation soit rejetée. L’avocat estime, quant à lui, que, bien au contraire, au regard des éléments sérieux de représentation, sa demande soit entendue. Devant nous, assise sur le banc, Samia tremble comme une feuille. On l’entend renifler.

La juge : « Et puis votre compagne, c’est votre cousine plutôt ? »

En attendant la décision, de nouveau dehors, Samia nous confiera : « Oui, c’est vrai, on est cousins. Mais nous sommes amoureux… »

A l’annonce de la décision de la juge qui prononce la prolongation de la rétention de Monsieur B. en attendant l’expulsion vers son pays d’origine, sa compagne explose en larmes. En quittant la salle, il parviendra à poser le dos de son index sur la joue de Samia pour une brève caresse. Ce qui ne sèchera pas ses larmes.

sdr

 

Cette chronique vous intéresse ? Retrouvez ici les numéros précédents du Tourniquet

Le lien pour consulter le rapport 2017 de la Cimade sur les centres et locaux de rétentions

À découvrir aussi
À partager
Petit guide – Lutter contre les préjugés sur les migrants
Avec cette troisième édition, la collection fête ses 10 ans. Un titre historique et plébiscité par les publics associatifs et scolaires à partager et échanger sans modération.
Acheter militant
Faites passer le message avec ce t-shirt « Il n’y a pas d’étrangers sur cette terre » !
Retrouvez tous nos produits militants, faites plaisir à vos proches tout en contribuant au financement de nos actions sur le terrain.