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Episode 2 – D’un enfermement à un autre

Nelson est arrivé en France à l’âge de neuf ans et y a construit sa vie. Pourtant, la France le considère comme indésirable : en raison d’erreurs commises dans sa jeunesse, il représenterait une menace à l’ordre public, et fait ainsi l’objet d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF) et d’une interdiction de retour sur le territoire français (IRTF). Des barreaux du centre de détention aux barbelés du centre de rétention, Nelson est pris dans les rouages d’une machine à expulsion marquée par le continuum de l’enfermement.

D’un enfermement à un autre : le 2ème épisode de la série de podcasts « Nous les banni∙e∙s »

Nelson, de nationalité cap-verdienne, est arrivé en France en 2006 à l’âge de neuf ans, pour y rejoindre sa mère. Il s’intègre rapidement à la société française, vit comme tout autre adolescent∙e et « ne pense pas aux papiers ». Sa vie prend en revanche un tournant lorsqu’il atteint la majorité : n’ayant pas conscience de l’importance de s’impliquer dans des démarches administratives, il ne sollicite pas de titre de séjour. C’est donc le début d’un parcours de vie complexe : « Si j’avais eu mon titre de séjour à mes 18 ans, je n’aurais pas fait les mêmes choses, et pas de la même façon », dit-il. En effet, l’absence de papiers signifie qu’il ne peut pas travailler légalement. Par conséquent, pour gagner un peu d’argent, il explique s’être fait entraîner dans une série de « bêtises », à un âge où l’on ne mesure pas toujours toutes les conséquences de ses actes.

Alors qu’il opte pour un changement de vie, ses erreurs le rattrapent, et il subit sa première incarcération à l’âge de 20 ans. Il a conscience que les faits commis ne peuvent rester impunis. Il décrit néanmoins des conditions d’enfermement insalubres et déshumanisantes. Par ailleurs, c’est à ce moment-là qu’il comprend que sa situation administrative peut lui porter gravement préjudice.

En lieu et place d’un aménagement de peine, c’est une expulsion qui s’impose à lui : « La seule chose qui s’offrait à moi c’était un retour au pays d’origine mais mon pays c’est la France. […] Comment je vais retourner au Cap-Vert alors que ça fait 16, 17 ans que j’ai quitté le Cap-Vert ? J’ai tout construit ici. Ma vie elle est ici. C’est ici mon pays ». En raison de son passé judiciaire, l’administration fait ainsi abstraction de sa vie en France et lui notifie une OQTF fondée sur la menace à l’ordre public. De plus en plus, les préfectures usent en effet de ce levier pour expulser les personnes étrangères considérées comme indésirables, au mépris de toute autre considération. La menace à l’ordre public n’est en effet pas définie, ce qui la rend sujette à des interprétations toujours plus extensives.

Comme de nombreuses autres personnes étrangères, Nelson est donc victime d’une instrumentalisation : « j’ai compris que les personnes étrangères comme moi, qui ont eu des problèmes avec la justice, ont fait de la prison, sont considérées comme de la vermine alors que c’est pas le cas. Ça fait mal », dit-il, avant d’ajouter quelques instants plus tard : « Je comprends pas en quoi je suis un danger pour la France. On te met dans un sac. En gros on te fait comprendre que t’es pas d’ici alors qu’à part ici, je me sens de nulle part ailleurs ». Dans le même sens, il indique plus tard : « Ils cherchent un coupable et les seuls coupables qu’ils peuvent trouver c’est les clandestins. Tu peux pas accuser des gens de tous tes problèmes ».

La prison représente dès lors un moyen de mise à l’écart des personnes étrangères considérées comme indésirables, et opère à ce titre comme une antichambre de la rétention. Elle est devenue au fil du temps un outil au service d’une politique d’expulsion, imbriquée dans un processus auquel il est difficile d’échapper une fois dedans. Nelson fait donc l’expérience du centre de rétention lors de sa sortie de prison, qu’il compare à un abattoir où chacun∙e vit dans l’angoisse d’être expulsé∙e à tout moment.

Nelson effectue 90 jours supplémentaires de rétention avant d’être libéré. Il reste en revanche toujours soumis à la mesure d’expulsion : elle empêche toute régularisation, empêche de travailler et de mener à bien tous projets. Pourtant, le seul souhait de Nelson est d’« être en règle pour faire partie de la société ».

La situation de Nelson n’est malheureusement pas isolée et illustre la manière dont la question de la menace à l’ordre public est détournée aux fins d’une politique de plus en plus marquée par l’enfermement, l’expulsion et le bannissement de personnes qui ont construit leur vie en France, en toute illégalité. Alors qu’une énième loi sur l’asile et l’immigration est annoncée, et que l’une des mesures phares consisterait à mettre fin à certaines protections contre l’expulsion, La Cimade dénonce un discours politique qui entretient de manière décomplexée un amalgame dangereux entre délinquance et immigration, dans le seul but de criminaliser les personnes étrangères. Une politique répressive d’expulsion et de bannissement du territoire ne doit pas primer sur le droit au respect de la vie privée et familiale.

La Cimade dénonce la machine à expulser et revendique :

  • La suppression des IRTF, instrument de bannissement ;
  • Une réforme en profondeur du droit applicable en changeant de paradigme : des dizaines de milliers de personnes ont construits leur vie en France et restent privées de leurs droits ;
  • L’arrêt des expulsions et l’acharnement institutionnel à l’encontre des personnes qui restent en France.

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