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Trois personnes menacées d’expulsion en Érythrée par la préfecture du Pas-de-Calais

6 décembre 2016

Le 26 novembre 2016, trois ressortissants érythréens ont été placés au centre de rétention du Mesnil-Amelot en vue d’être expulsés du territoire français. Alors que la décision les obligeant à quitter la France ne mentionne aucun pays vers lequel les renvoyer, l’administration a enclenché toutes les démarches nécessaires pour expulser ces personnes… en Érythrée !

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De nombreux rapports émanant d’instances supranationales et d’associations de défense des droits de l’Homme ont, encore récemment, alerté l’opinion publique sur les atteintes aux droits de l’Homme commises en Érythrée. Pourtant, malgré les violations graves et incessantes des droits de l’Homme dans ce pays – nous vous invitons à consulter sur le sujet les rapports mentionnés ci-dessous –, l’administration française n’hésite pas à tenter de renvoyer des ressortissants érythréens dans leur pays d’origine. C’est notamment le cas de trois personnes retenues actuellement au CRA du Mesnil-Amelot sur décision de la préfecture du Pas-de-Calais.

Fuyant leur pays, Monsieur E., Monsieur P. et Monsieur A. sont arrivés en avril 2016 en France, où ils ont vécu dans la jungle de Calais pour tenter de rejoindre le Royaume-Uni et y demander l’asile. Suite à leur interpellation par les forces de l’ordre fin novembre, ils ont fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français et d’une interdiction de retour d’un an. La préfecture du Pas-de-Calais n’a alors pas fixé de pays de renvoi dans les décisions d’expulsion qu’elle leur a notifiées ; pour autant, elle a d’ores et déjà pris contact avec leur consulat en vue de mettre en œuvre leur renvoi en Erythrée.

Cela rappelle tristement le sort des deux ressortissants soudanais retenus au centre de rétention de Vincennes en novembre dernier. Si l’un a été libéré, le second a en revanche été éloigné vers son pays d’origine. A ce sujet, pour aller plus loin :
https://passeursdhospitalites.wordpress.com/2016/11/15/alerte-expulsions-programmees-vers-le-soudan/
– https://paris-luttes.info/centre-de-retention-de-vincennes-7060
http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/11/22/la-france-va-renvoyer-un-soudanais-vers-son-pays_5036109_3224.html
– https://www.amnesty.fr/refugies-et-migrants/actualites/renvoi-vers-le-soudan-le-danger-seloigne-temporairement.

Saisis pour examiner la validité et la prolongation du placement en rétention, les juges des libertés et de la détention ont validé le maintien des trois ressortissants érythréens. Monsieur E. a également vu sa requête rejetée par le juge administratif – seul magistrat à même d’évaluer les risques en cas de retour en Erythrée –, tandis que ses deux compatriotes n’ont pu exercer leur droit au recours dans le court délai de 48h qui leur était imparti.

Pendant les 30 jours qu’a duré leur maintien en rétention – avant de se voir finalement remis en liberté –, ces trois messieurs se sont donc retrouvés à la merci de la préfecture du Pas-de-Calais, qui n’a vu aucun inconvénient à prendre attache avec les autorités consulaires de l’Erythrée, un pays où les violations des droits de l’Homme sont le lot quotidien des citoyens. Dans le même temps, l’administration assurait qu’un tel renvoi ne serait concrètement pas mis en œuvre, admettant ainsi en creux que le recours à la rétention avait pour unique but, non l’expulsion, mais l’identification de ces trois personnes. Cette manœuvre constitue un détournement de l’objet de la rétention administrative qui, quoiqu’illégal, bénéficie du silence – si ce n’est de la bienveillance – du ministère de l’Intérieur.

Dictature sanglante s’il en est, l’Erythrée voit 5.000 de ses ressortissants fuir tous les mois vers des pays susceptibles de les accueillir. Cela place l’Érythrée au cinquième rang des pays dont provient le plus grand nombre de demandeurs d’asile dans le monde, comme l’évoque le rapport des Nations Unies sur la situation des droits de l’Homme en Érythrée (http://www.ohchr.org/Documents/HRBodies/HRCouncil/CoIEritrea/A_HRC_29_CRP-1.pdf).

Ces personnes fuient la pauvreté et les constantes violations des droits de l’Homme commises par le régime d’Issayas Afeworki. Le pays est ainsi tristement connu pour être, depuis de nombreuses années, dernier du classement de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse, dont la version 2016 est consultable en ligne (https://rsf.org/fr/classement). La répression des opposants politiques y fait rage et tous les érythréens doivent se soumettre au “service national” qui peut parfois durer des dizaines d’années, dans des conditions qui relèvent de l’esclavage.

Les ressortissants érythréens sont donc nombreux à quitter leur pays pour venir trouver en Europe des conditions de vie plus respectueuses des droits de l’Homme. De son côté, l’Union européenne accorde, depuis plusieurs années déjà, une aide économique au pays en faveur “de la réduction de la pauvreté et du développement socio-économique” . Cependant, l’objectif à peine voilé des versements du Fonds européen pour le développement (FED) est en fait purement et simplement de limiter l’afflux des ressortissants érythréens en Europe, dans une logique de contrôle migratoire. Bien sûr, cette aide économique a été engagée suite aux promesses du régime érythréen d’avancer vers le plein respect des droits de l’Homme et la mise en place d’un régime démocratique. Mais ces promesses restent lettre morte et il est impossible de savoir si les fonds versés bénéficient effectivement à la population érythréenne. Pour aller plus loin :
http://europa.eu/rapid/press-release_IP-15-6298_fr.htm
https://rsf.org/fr/actualites/122-millions-deuros-promis-par-lunion-europeenne-lerythree-alors-que-la-repression-saccentue
https://rsf.org/fr/actualites/lunion-europeenne-sur-le-point-de-financer-le-regime-repressif-dissayas-afeworki

L’efficacité de cette aide financière a d’ailleurs été remise en cause par le Parlement européen lui-même dans sa résolution 2016/258 en mars 2016. Le Parlement note ainsi que la politique d’aide “n’a produit aucun résultat, étant donné qu’aucun prisonnier politique n’a été libéré, pas même Dawit Isaak, et aucun progrès n’a été enregistré sur aucune autre question relevant des droits de l’homme”. La résolution souligne également “le manque de fiabilité de ce régime en tant que partenaire de la coopération au développement, de la corruption omniprésente et de l’absence quasi-totale de transparence dans la gestion des finances publiques dans le pays, ainsi que du risque de détournement des fonds du FED destinés à la gestion des flux migratoires”. Enfin, le Parlement “déplore les efforts consentis par l’Union pour coopérer avec l’Érythrée en matière de migration” étant donné “que les forces de sécurité érythréennes sont elles-mêmes impliquées dans des activités de passeur” et “que l’armée érythréenne applique la politique du « tirer pour tuer » à ses frontières à l’encontre des personnes qui tentent de fuir le pays”.

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