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TOUS ÉGAUX ? …PAS TOUT À FAIT !

15 avril 2026

Carte blanche signée par Pierre Greib, co-président de la Cimade Grand Est pour Le Club de la Presse Strasbourg Europe. Publiée dans leur lettre numérique le 9 mars 2026, nous la reproduisons dans sa version longue ici. Une belle tribune pour porter la voix de La Cimade.

Nous vivons, subissons une période de rupture profonde. Pendant  80 ans, au lendemain des massacres de masse des deux grandes guerres de la première moitié du XXème siècle, le monde s’était voulu basé sur deux piliers :

Le multilatéralisme basé sur l’existence de l’ONU garante de l’empêchement d’affrontements directs entre les grandes puissances  par l’affirmation d’un droit international contraignant.

L’état de droit proclamé solennellement par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 et progressivement concrétisé par des conventions internationales.

L’Europe qui avait été à l’origine des affrontements sanglants a opéré une vraie révolution par la réconciliation des anciennes puissances rivales et la construction d’un espace apaisé calé sur des valeurs humanistes proclamées et progressivement mises en place, l’effacement des frontières entre ses états membres etc…

Parallèlement la mondialisation de l’économie devait, dans le cadre d’un marché libéré des barrières nationales assurer une perspective d’enrichissement global pour l’ensemble des populations et entrainer… la fin de l’Histoire!

Aujourd’hui , dans les relations internationales le recours au droit international cesse brutalement d’être invoqué et les rapports de force s’imposent comme seul critère de décision. Un état de guerre redevient un lendemain possible dans des espaces où il était presque devenu impensable.

Si la mondialisation de l’économie a largement permis une croissance matérielle considérable, les inégalités entre les régions du monde et à l’intérieurs des espaces nationaux se sont creusées induisant pour une partie des populations un sentiment de déclassement générateur de peur de l’avenir, de ressentiment et de repli identitaire.

Les promesses du « plus jamais ça », après une période de progrès réels, n’ont plus été tenues et le retour de bâton est redoutable. Il est un domaine dans lequel ces régressions se sont manifestées depuis les premières crises économiques des années 1970 , celui des migrants. La Cimade née au moment de la 2ème guerre mondiale pour affirmer une volonté de solidarité active avec les personnes étrangères dans la perspective d’un monde plus juste a depuis longtemps constaté et averti sur le décrochage inquiétant entre les valeurs universelles proclamées et leur non application progressive au détriment des exilés.

Largement accueillis comme main d’oeuvre indispensable à la reconstruction et à la croissance au cours des « trente glorieuses » ils ont été progressivement désignés comme responsables des difficultés apparues une fois la période euphorique terminée. Leur utilité économique n’apparaissait plus évidente et leur présence durable comme résidents avec leurs familles a été stigmatisée comme  menaçant la cohésion nationale d’un ordre traditionnel fantasmé.

Il s’en est suivi une suite de mesures législatives et réglementaires de plus en plus restrictives pour le droit au séjour et la protection des exilés. On a refusé de voir que des personnes venaient dans l’espoir d’une vie meilleure pour  trouver une place reconnue et dynamique dans une société d’accueil enrichie par leurs compétences et la richesse de leur diversité.

Ils ont été stigmatisés comme parasites abusant d’une situation d’assistés alors que les restrictions à leur droit à s’inclure dans la société les assignaient à une position de dépendance. La peur de l’autre, peut-être plus précisément la peur de l’espoir de l’autre ,suivant la formule de l’écrivain italien Antonio Scutari, devient insupportable à une partie de l’opinion inspirée et manipulée par des partis et des médias de plus en plus agressifs.

Les politiques restreignant le droit au séjour et le rejet de l’étranger se généralisent dans une grande partie de l’Europe y compris dans les pays qui avaient été les plus accueillants. L’Europe se couvre de  murs alors qu’elle s’était construite sur l’effacement progressif des frontières. Et surtout de plus en plus de responsables politiques y compris historiquement inscrits dans les traditions de l’état de droit affirment que cette référence n’est plus contraignante pour une partie de ses habitants.

La rupture est alarmante à grande échelle. Mais avec les partenaires attachés comme nous à l’espoir d’un monde plus juste nous restons engagés dans la protestation contre ces réalités déshumanisantes. Nous ne lâchons rien !

Auteur: Région Grand Est

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