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COVID 19 et frontières maritimes de l’UE : les Etats européens assument une politique de laisser mourir

13 mai 2020

Aux frontières maritimes de l’Union européenne (UE), la situation est chaotique entre la suspension des opérations de sauvetage solidaires et la fermeture des ports européens en passant par la poursuite des refoulements illégaux et des violences aux frontières jusqu’à la mise en place d’« hotspots flottants ».

En Méditerranée centrale, la pandémie COVID-19 a contraint la majorité des ONGs solidaires à suspendre leurs missions dans un contexte opérationnel rendu particulièrement complexe. Seuls les navires Alan Kurdi (de l’ONG allemande Sea-Eye) et Aita Mari (de l’ONG basque Salvamento Maritimo Humanitario) étaient encore récemment présentes en Méditerranée centrale qui demeure, sur les premiers mois de l’année 2020, la route migratoire la plus dangereuse du monde.

Alors que les tentatives de traversée ont tendance a augmenté avec le printemps et l’amélioration des conditions météorologiques, les autorités italiennes et maltaises ont décidé successivement les 7 et 9 avril de fermer leurs ports. En parallèle, les autorités maltaises ont réquisitionné trois chalutiers privés pour intercepter les embarcations et les refouler en Libye, faisant fi des règles du droit international dont le principe de non refoulement.

Les conséquences macabres de ces décisions ne se sont pas fait attendre. Suite au silence assourdissant des garde-côtes européens aux appels de détresse lancés et relayés par l’Alarm Phone, les personnes à bord d’une embarcation partie des côtes libyennes la nuit du 10 au 11 avril ont connu un destin tragique entre la mort (pour 12 d’entre elles) et le retour forcé vers l’enfer libyen qu’elles avaient tenté de fuir pour toutes celles qui ont survécu. Les personnes secourues par l’Aita Mari et l’Aylan Kurdi début avril ont, quant à elles, été bloquées plusieurs semaines en mer avant d’être placées en quarantaine sur un ferry italien en face de Palerme puis d’être finalement autorisées à débarquer – près d’un mois plus tard ! – sur le sol italien. Depuis, les autorités italiennes ont saisi les navires des deux ONGs de sauvetage, désormais bloquées à quai. A ce jour, il n’y a donc plus aucun navire de sauvetage présent dans la zone. Pire, les Etats mettent en place des hotspots flottants sous couvert de COVID 19, en dehors de tout cadre légal. Les autorités maltaises maintiennent à présent 57 personnes secourues dans leur zone de recherche et de sauvetage sur un bateau privé, situé en dehors de leurs eaux territoriales, dans l’attente que d’autres Etats européens acceptent de les accueillir, tout comme le fait l’Italie depuis mi-avril. Ainsi des personnes interceptées en mer sont retenues sur des bateaux pour une période indéterminée et sans information sur leur devenir.  Si certaines personnes se retrouvent bloquées en mer dans les limbes des frontières maritimes, d’autres continuent d’y mourir et de disparaitre.

C’est une politique du laisser mourir qui s’accentue avec le refus des Etats européens de porter secours aux personnes en détresse mais également la poursuite d’une collaboration cynique avec les autorités libyennes dont les pratiques inhumaines qu’elles réservent aux personnes exilées sont documentées depuis longtemps. 13 associations dont le réseau Migreurop, Human Rights Watch ou encore Amnesty International ont interpellé fin avril l’Union européenne afin qu’elle cesse sa coopération avec la Libye facilitant la prise aux pièges et les mauvais traitements des personnes exilées.

En mer Egée aux larges des îles grecques, les autorités grecques procèdent à des refoulements illégaux et violents vers la Turquie. L’agence Frontex présente à cette frontière a pu ordonner à minima un refoulement.

En effet, début mars 2020, la décision de l’équipage danois mis à disposition de Frontex de ne pas suivre les ordres du centre de commandement opérationnel leur demandant de refouler hors des eaux territoriales grecques les passagers d’une embarcation interceptée, témoignait déjà d’une situation où les principes et les valeurs qui guident le droit international et européens semblaient voler en éclat. De son côté, l’Alarm Phone dénonçait l’action de la garde-côte grecque qui, après avoir retiré le moteur et l’essence d’embarcations interceptées en mer, les laisser dériver à leurs risques et péril vers les côtes turques.

Au cours des dix derniers jours, une cinquantaine de navires de la garde-côte grecque a été mobilisée pour quadriller la zone maritime au large de ses îles aux côtés des 24 équipements de surveillance et de contrôles maritimes, aériens et terrestres opérés par les équipes d’intervention rapide déjà déployés depuis début mars par l’agence Frontex, avec le soutien des Etats membres de l’UE, pour renforcer les contrôles à la frontière terrestre et maritime entre la Grèce et la Turquie.

Les personnes qui parviennent à débarquer sur l’île de Lesbos ne peuvent plus accéder au hotspot de Moria (fermé et surpeuplé) et sont placées en quarantaine à l’endroit même où elles ont débarqué sans aucune infrastructure d’accueil, avant d’être transférées dans les camps fermés sur le continent ou d’être refoulées illégalement sur des canots de sauvetage gonflables dits liferafts vers la Turquie. En effet, selon les informations collectées par l’ONG Aegean Boat Report et révélées par la presse grecque, une dizaine de cas de refoulements maritimes de ce type ont pu être observés depuis le 23 mars au moins y compris pour des personnes qui étaient déjà arrivées sur le sol grec. Cette méthode, illégale et extrêmement dangereuse vise à contraindre les personnes débarquées ou repérées en mer à prendre place à bord des petits radeaux de survie ressemblant à des tentes flottantes et à les laisser à la dérive afin que le courant les emporte vers la côte turque au mépris des risques encourus.

Des refoulements systématiques sont également menés dans la région d’Evros (Nord de la Grèce) où plusieurs personnes exilées ont été ciblées et blessées à maintes reprises par les tirs des forces de l’ordre grecques et turques. Début mars, au moins deux hommes ont été tués et une femme portée disparue dans ce contexte de violence.

Au-delà de la Méditerranée, aux larges des îles Canaries, des drames se jouent également. Plusieurs naufrages intervenus au cours des dernières semaines ont entrainé la disparition de plusieurs dizaines de personnes.

Alors que la Commission européenne doit présenter son nouveau « pacte européen sur l’asile et les migrations » ces prochains jours, il est urgent que les Etats membres de l’Union européenne changent de cap et construisent de nouvelles politiques ambitieuses et respectueuses du droit international en mer. Des opérations de recherche et de sauvetage actives doivent être mises en œuvre aux frontières maritimes extérieures de l’UE et l’accès aux ports européens doit être garanti afin d’assurer la protection des personnes rescapées, dans le respect de leurs droits fondamentaux. Les pratiques de refoulements illégaux et/ou de renvois aux frontières doivent cesser et le droit d’asile aux frontières assuré, conformément aux recommandations du Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et de l’Organisations mondiale de la santé dans le contexte de crise sanitaire.

Pour aller plus loin

 

Photographie : Sauvetage par SOS Méditerranée dans les eaux internationales au large de la Libye, octobre 2017. © Anthony Jean

Auteur: Pôle Europe et International

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