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Des grilles du CRA aux grilles d’Ankara : le destin d’un demandeur d’asile kurde au Mesnil-Amelot

14 juin 2018

Ayant fui la Turquie où il a été emprisonné et torturé en raison de ses activités politiques, Monsieur N., militant de la cause kurde, a été maintenu en zone d’attente à son arrivée en France puis transféré au centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot, où le guette à tout moment une expulsion forcée vers la Turquie.

Selon ses déclarations, toutes corroborées par les représentants de son parti politique en France, Monsieur N. était, comme son père avant lui, sympathisant du Parti démocratique des peuples (HDP), issu du mouvement politique kurde. Il est ensuite devenu membre et délégué de ce parti et avait notamment pour mission de participer localement à l’organisation des campagnes électorales.

Harcelé par la police en raison de son activisme politique, il a été enfermé plusieurs jours dans un commissariat et accusé de mener des activités terroristes. Condamné et écroué, il a subi des actes répétés de torture physique et psychologique, avant d’être finalement remis en liberté au bout de longs mois d’incarcération, dans l’attente d’un nouveau jugement et d’une nouvelle condamnation vraisemblablement encore plus lourde.

Craignant pour sa vie, et sur les conseils de son avocat, il a fui la Turquie début mai pour rallier la Grande-Bretagne, où sont présent·e·s ses frères et sœurs, tou·te·s réfugié·e·s en tant que militant·e·s de la cause kurde. Toutefois, lors de son escale à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, il a été interpellé et maintenu en zone d’attente et a vu sa demande d’admission au séjour pour pouvoir présenter une demande d’asile rejetée. Après avoir résisté à un premier refoulement vers Istanbul, Monsieur N. a été transféré CRA du Mesnil-Amelot.

A son arrivée au CRA, il a cette fois pu déposer une demande d’asile à proprement parler. Toutefois, l’asile en rétention n’est qu’une version au rabais de la procédure normale. Comme nous le constatons régulièrement au CRA du Mesnil-Amelot, l’entretien avec l’agent de l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) s’est déroulé de manière expéditive et sans prise en compte de la vulnérabilité évidente d’un demandeur d’asile craignant une expulsion imminente. De plus, cet entretien s’est déroulé par visioconférence, pratique dénoncée par La Cimade, tant dans la mesure où un lieu voué à l’expulsion tel que le CRA est intrinsèquement inadapté à cet exercice délicat qu’est le récit d’une demande d’asile, que pour la qualité médiocre du dispositif de télécommunication mis en place et les très faibles garanties de confidentialité du contenu de l’entretien, en particulier vis-à-vis des fonctionnaires de police du CRA. La demande de Monsieur N. a ainsi été rejetée, et il risque désormais à tout moment d’être expulsé en Turquie, où l’y attendent, tout porte à le croire, une incarcération arbitraire et des traitements inhumains et dégradants.

 

La Cimade dénonce l’enfermement des demandeurs d’asile primo-arrivants en France : maintenus en zone d’attente dès leur arrivée sur le territoire, puis enfermés en CRA, ils ne peuvent faire valoir dans de bonnes conditions les persécutions dont ils ont fait l’objet. Au regard de la politique répressive menée par Ankara à l’égard des militants politiques kurdes, nous demandons la libération immédiate de Monsieur N.

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