fbpx
Ile-de-France

» retour

Mamoudou

29 novembre 2021

Dans le cadre de l’exposition « A l’intérieur, c’est l’enfer », des personnes retenues au centre de rétention du Mesnil-Amelot (77) s’emparent de leurs propres récits pour rendre visible et dénoncer la réalité opaque de l’enfermement dans ces zones de non-droit. Mamoudou a passé 60 jours en rétention, voici son témoignage.

L’exposition « A l’intérieur, c’est l’enfer » est une invitation à regarder et écouter celles et ceux qui ont subi l’enfermement en rétention administrative. Ce projet a été co-construit entre les intervenant·e·s de La Cimade au centre de rétention du Mesnil-Amelot (77), les bénévoles de La Cimade et les personnes concernées, complété par la vision du photographe Alessandro Camillo.

 

 

 

 

 

 

Ecoutez le témoignage de Mamoudou :

Version courte

Version intégrale

Je suis arrivé à la gare, j’attends le train et j’ai vu un collègue et j’ai dit « le bonjour », il me dit « ah le train il est en retard », je dis « ah ok d’accord viens on va au café » et là je vais prendre un café merci moi je suis parti prendre un café, j’arrive devant la gare, je fume une cigarette, je vois le train approche..

Je voulais juste partir prendre mon train et aller au travail, ils m’ont arrêté. 

« Pièce d’identité », j’ai dit « mais qu’est-ce que j’ai fait ». « Bah depuis tout à l’heure tu traines dans la gare », j’ai dit « mais vous voyez que je suis rentré, j’ai dit bonjour à mon collègue et je suis parti prendre un café, c’est tout ». Il me dit « non t’as pas de ticket », je lui dis « mais il est là mon Navigo, j’ai un abonnement je vais faire quoi, va passer au guichet là si j’ai pas de ticket ». « Non, non nous on n’est pas du contrôle », je lui dis « Monsieur vous n’êtes pas du contrôle, pourquoi vous me demandez un ticket alors, restez sur la pièce d’identité, c’est tout ». « Et pourquoi tu nous parles comme ça ? », je lui dis « mais j’ai le droit de parler ».

Ils m’ont mis des menottes au commissariat. 

Dès que je parle du centre, ces images là ça vient dans ma tête, je deviens fou en fait. Parce que c’est des policiers, je ne dois pas parler, eux ils ont le droit de dire tout et moi j’ai le droit de rien dire. Voilà. Matin, 7h.

Pour moi personnellement, les centres ils sont faits pour ça, pour vous faire torturer et te jeter dehors.

Parce qu’il y a des gens qui ont fait de la prison, on dit « les droits de l’Homme », mais ça c’est pas les droits de l’Homme car on a le droit à rien. 

Normalement, quand tu fais de la prison, tu as fait ta peine, tu dois être libre ou ils vont t’envoyer, ils t’envoient, mais pourquoi ils te mettent encore au centre où tu fais trois mois là-bas ?

Ils te torturent, ils font tout ce qu’ils veulent les policiers, surtout les policiers, il y a des certains policiers là-bas… ils font ce qu’ils veulent, c’est tout. Ils font n’importe quoi en fait, tu peux rien faire parce que t’es enfermé, même aller au café, t’es enfermé, tu as aucun accès pour…

Là-bas c’est… pour moi personnellement ça doit pas exister, le centre ça doit pas exister du tout, parce que c’est un truc, c’est la folie, tu peux pas expliquer en fait, il faut que tu sois dedans pour comprendre mais sinon tu peux pas, personne ne peut expliquer le centre, nous qui est dedans on peut pas l’expliquer, déjà, surtout, tu vas l’expliquer à quelqu’un pour le comprendre et il va jamais comprendre.

Ils ont des femmes ici, ils ont des enfants. Ces enfants-là, ces femmes-là, qu’est-ce qu’ils vont faire ? Les enfants ils vont faire quoi? Tu sépares la famille, de ça j’ai vu au centre là-bas, il y a un mec qui était là-bas, sa femme a accouché une semaine, ils l’ont mis au centre, il voulait partir, ils l’ont laissé trainer là-bas pendant 2 mois, après ils l’ont laissé dehors. Pendant ces deux mois là, sa femme elle va faire comment ? Les couches des bébés, le loyer, la nourriture et tout.

Il voulait partir dès le premier jour, il voulait rentrer dans son pays, ils l’ont laissé traîner là-bas pendant deux mois après ils le laissent dehors, 7 jours pour quitter le pays.

Mais c’est n’importe quoi, c’est n’importe quoi, ce mec là il va faire quoi pour nourrir son bébé, il va faire quoi pour nourrir sa famille, pour son loyer ? Il a plus de travail, pendant deux mois il est au centre.

Il va aller voler, demain vous allez l’arrêter vous allez dire encore il a volé, vous allez l’enfermer là-bas, c’est vous qui lui avez donné l’autorisation de voler.

Moi heureusement j’ai un patron qui a fait ça, sinon moi aussi je vais devenir un voleur, je vais mettre une cagoule, tous les jours je vais voler vous allez m’arrêter tous les jours. Parce que c’est à cause d’eux que je vole, c’est tout.

Il y en a, ils viennent de prison, ils les mettent là-bas, il y en a, c’est des simples sans-papier ils te jettent là-bas, et avant qu’ils t’envoient au pays. Mais normalement ces centres ils ne doivent pas exister en fait, ils ne doivent pas exister parce que c’est un truc qu’ils torturent les gens, pour traumatiser et après ils te laissent, même aussi ils te laissent libre en France, ils te jettent dehors, « démerde toi » et tu sors tu n’as aucun droit.

Ils te gardent pendant deux mois ou trois mois, tu as envie de partir ; même si tu as envie de partir dans ton pays, ils te gardent pour te torturer en fait, c’est une torture là-bas, ce n’est même pas un centre c’est juste pour prendre les gens, les torturer et les jeter dehors, c’est tout.

Elle a mis la main dans la nourriture avec des gants, avec des gants ! C’est ma femme qui a ramené de la nourriture et elle a mis la main, comme ça, avec les gants. J’ai dit « je suis pas un chien, ton gant tu l’a mis dans la nourriture tu crois que c’est un chien qui mange ça ?! ». Elle me dit « ah c’est les contrôles ». Je lui ai dit « contrôle, tu enlèves les gants, parce que moi je mange moi, je ne suis pas un chien, pour que tu me donnes à manger comme ça là, je ne suis pas ton chien, il faut du respect un peu ». Il me dit « oui oui ». J’ai dit « non, ce n’est pas une question de oui, parce que vous faites ça à tout le monde ». Il me dit « non, c’est pas à tous… »

Je lui ai dit « mais pourquoi toi tu as fait ça ? Car t’es un policier, tu as la tenue, tu fais n’importe quoi, nous on est des êtres humains comme toi ! Imagine, moi je mettais ma main comme ça là, je sors ma main de mon nez là et je la mets dans ton manger, est-ce que tu vas manger ? Est-ce que ça va te plaire ? Je suis un être humain comme toi, pourquoi tu fais ça ? ». 

La grève de la faim, quand j’ai dit que la nourriture elle n’est pas bonne, elle n’est pas bonne parce que dès qu’on mange… c’est comme si on n’avait pas mangé en fait. Je sais pas tous les bâtiments, mais le bâtiment 3 nous on a faim, pendant 3 jours nous on n’a pas mangé, mais les policiers eux ils s’en foutaient de la grève de la faim.

Tu peux mourir, eux ils n’en ont rien à foutre, même le dignitaire ils n’en ont rien à foutre, car je me rappelle il y a un policier qui a dit ça, il a dit au dignitaire devant moi : « les gens du bâtiment 3 ils ont fait grève de la faim parce ce qu’ils ont dit que la nourriture n’était pas bonne ».

Et il a dit « ah bah ils ont pas faim, quand ils auront faim, ils vont venir manger ».

Quand on est malade, que ce soit t’es malade, ou t’es blessé, c’est le même médicament. Tout le temps, ils te donnent le même comprimé, que ce soit malade à la tête ou que ce soit t’es blessé, même si tu saignes, ils te donnent le même médicament, même comprimé qu’on te donne…

Et quand on appelle les pompiers, le pompier il vient jusqu’à la porte, le policier il veut pas laisser le pompier rentrer. Il te voit, t’es en train de crever, jamais ils vont te laisser rentrer jusqu’à ce qu’une fois, il y a un policier civil qui vient de l’extérieur, il a dit, obligé il faut laisser le pompier rentrer pour qu’il le soigne, parce que les gens ils sont en train de crever à l’intérieur, c’est pas normal qu’ils sont malades, s’il n’y a pas de soignant ou s’il n’y a pas de médicament, il faut qu’il y ait un policier qui peut sortir avec lui pour aller voir un médecin à l’extérieur.

——

 

Le juge du centre, il ne libérait jamais personne. Un sur vingt… un sur vingt parce que c’est les mêmes policiers… ils sont tous… Il ne te libère jamais, il écoute les policiers il dit : « non il m’a insulté machin… », même si tu dis bonjour à un policier ils vont dire que tu l’as insulté.

Bon, il te donne 15 jours, 20 jours et tu fais 90 jours dans la souffrance et du jour au lendemain…

Ce qui me choque le plus, c’est quand il te restait juste une heure pour sortir des 90 jours …

Ils t’emballent, ils t’envoient et ils te mettent un scotch comme je sais pas quoi, comme un colis à la poste. C’est comme on va dire je vais mettre un colis à la poste pour l’envoyer. 

Mais ce n’est pas des chiens, il a fait presque 3 mois, il restait 1 heure, dans ce cas-là, la loi elle est où ? Il n’y a pas loi. Vas-y, je suis là, je suis policier, je fais ce que je veux mais il n’y a pas de loi, c’est pas des lois ça. La loi… et une heure, c’est… je crois que c’est 90 jours et c’est fini mais quelle loi après ils t’embarquent une journée, une heure, et ça y est c’est fini ? Et après il dit 90, c’est la loi, la loi…

On est sortis de là-bas mais on n’est pas libre parce que ça te marque en fait, parce que tu peux… t’as envie d’avancer, ils t’arrêtent pour t’enfoncer, parce qu’ils vont t’arrêter quand tu sors et t’as aucun droit et t’as aucun accès et t’es obligé de tout recommencer à zéro, t’es obligé de tout commencer à zéro parce qu’ils vont te mettre une interdiction, ils vont dire, 7 jours pour quitter le pays. Mais t’es obligé de faire des démarches pour faire tout ça ces démarches-là, t’es obligé d’arrêter de travailler pour les faire mais quand tu t’arrêtes de travailler t’as pas de chômage, t’as pas de… t’as rien, c’est comme si tu recommençais à zéro, tu recommences à zéro quoi…

Moi quand j’ai sorti j’ai recommencé à zéro, ça et les dettes, j’ai un loyer à payer, 900€ par mois j’ai fait deux mois là-bas, et 1800€ de dette, j’ai fait un mois en plus sans travailler, et c’est qui va payer ça ? C’est pas l’État qui va payer, c’est moi qui va payer à la propriétaire. Alors ? Est-ce que lui il va savoir que j’étais en prison ou j’étais au centre de rétention, non il s’en foutait, il veut son argent, c’est comme si tu recommençais à zéro, c’est le gros mac.

Quand je dis au policier là qu’il est là juste pour m’ouvrir la porte, il pas beaucoup étudié et c’est pour cela il est là, parce que, il a juste des tenues seulement mais sinon c’est pas vraiment un policier quoi, il y a des gens qui sont là-bas, je crois que l’état il s’est trompé, c’est pas des policiers, c’est pas des policiers en fait parce qu’ils connaissent rien du tout, ils ne connaissent pas le droit, rien du tout, voilà.

Quand j’ai dit ça ils m’ont enfermé pendant 4 heures, y’a pas de lumière dedans y’a rien, ça pue à l’intérieur on dirait que c’est pas… c’est pire qu’un cimetière en fait, c’est plus noir que dans une tombe même, je te jure, là-bas c’est…

Même 1 h là-bas, quand tu sors, dès que tu vois le soleil tu vas devenir fou, je te jure là-bas c’est la folie, t’entends rien du tout, pas de bruit, y’a rien, t’entends rien, tu vois rien du tout, tu fais ton doigt comme ça tu vois même pas.

C’est pire que le centre même, ils mettent les gens là-bas pendant 24h, deux jours, trois jours des fois même.

Tu peux pas les déclarer… et même si tu les déclares, tu vas déclarer à qui ? Tu vas au tribunal et le juge il ne t’écoute même pas. Quand tu diras, « les policiers ils m’ont fait ça au centre », il ne te regarde même pas, de toute façon il ne te laisse pas parler, parce qu’il te donne deux secondes pour parler.

Tu dis « je m’appelle Mamadou », c’est fini, « ah c’est bon c’est bon, c’est bon ». 

Pas de questions il te pose, et quand tu dis un truc à ton avocat, ton avocat il voulait dire ça : « ah, les policiers ils font ça au centre, c’est pas bon, c’est pas bon », ils vont même pas te calculer en fait. Ils vont dire « ah c’est bon il y a quelqu’un d’autre qui va venir, on n’a pas le temps, on n’a pas le temps ».

Mais non, ils font des trucs n’importe quoi aux gens, oui on est enfermé d’accord, on assume ce qu’on a fait, mais on n’est pas des chiens, on est des êtres humains comme eux, il faut qu’ils nous écoutent.

Les policiers ils font ce qu’ils veulent, c’est des policiers, mais nous aussi on a des droits, mais le droit il dit ça à la bouche ou dans la rue…

Mais à l’intérieur il n’y a aucun droit, il n’y a aucun droit.

 

Auteur: Admin_Ile_de_France

Partager sur Facebook Partager sur Twitter
À partager
Petit guide – La fabrique des sans-papiers
Septième titre de la collection Petit guide, Refuser la fabrique des sans-papiers éclaire les pratiques de l’administration française quant à la délivrance de titres de séjour ainsi que leurs impacts sur le quotidien des personnes étrangères.
Acheter militant
Faites passer le message avec ce t-shirt « Il n’y a pas d’étrangers sur cette terre » !
Retrouvez tous nos produits militants, faites plaisir à vos proches tout en contribuant au financement de nos actions sur le terrain.