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Mariette

29 novembre 2021

Dans le cadre de l’exposition « A l’intérieur, c’est l’enfer », des personnes retenues au centre de rétention du Mesnil-Amelot (77) s’emparent de leurs propres récits pour rendre visible et dénoncer la réalité opaque de l’enfermement dans ces zones de non-droit. Mariette a passé 90 jours en rétention, voici son témoignage.

L’exposition « A l’intérieur, c’est l’enfer » est une invitation à regarder et écouter celles et ceux qui ont subi l’enfermement en rétention administrative. Ce projet a été co-construit entre les intervenant·e·s de La Cimade au centre de rétention du Mesnil-Amelot (77), les bénévoles de La Cimade et les personnes concernées, complété par la vision du photographe Alessandro Camillo.

 

 

 

 

 

 

Ecoutez le témoignage de Mariette :

Version courte

Version intégrale

Je suis venue à l’aéroport de Charles de Gaulle sans visa.  Je suis partie vers la police pour demander asile là-bas. On m’a dit « ok, on va t’aider à faire ta demande d’asile ». Ils ont dit qu’ils vont m’emmener à l’hôtel, c’est là-bas que je vais demander l’asile.

On ne m’a pas expliqué mes droits là-bas, on m’a dit « tu n’as pas le droit de venir ici sans visa ». J’ai dis « je suis réfugiée », « je veux demander l’asile »… « tu veux demander l’asile ? ok, viens, viens signer ». Moi j’avais peur que si je signais quelque chose alors peut être j’allais signer le fait que j’allais voyager. Je ne voulais pas signer. On m’a dit « tu ne veux pas signer, tu es têtue. Ok ne signe pas. On va vous envoyer à l’hôtel ». C’est comme ça que ça s’est passé.

A l’hôtel, ils ont pris mon téléphone, tout, tous mes papiers, mon passeport, tout… Toutes mes pièces d’identités, ils ont tout pris.

Arrivée là où on m’a dit que c’était un hôtel, ce n’était pas un hôtel, c’est le centre de rétention. Tous ceux qui sont là-bas sont de la police.  

C’est là-bas qu’ils ont pris mes empreintes [digitales] et après ils ont donné une chambre à moi. Ils ont dit que le troisième jour j’allais faire une « interview » pour demander l’asile.

Je suis restée là-bas jusqu’à douze jours. Le douzième jour je devais aller à la justice. Et c’est ce jour-là qu’ils sont venus toquer à ma porte, comme quoi je devais aller au pays, comme quoi il y a un vol pour le Togo aujourd’hui.

On m’a amené à l’aéroport. J’ai dit que « je ne veux pas voyager », ils m’ont dit que je devais faire un test [PCR] pour voyager. J’ai dit que je ne voulais pas aller au pays. Ils ont dit « pourquoi ? », j’ai dit « je ne peux pas aller au pays, je ne veux pas aller au pays ». Ils m’ont dit « si tu ne veux pas aller au pays, tu risques d’aller en prison ». J’ai dit que je préfère aller en prison, c’est mieux que d’aller au pays. Ils m’ont dit « ok, tant pis pour toi ». Je suis allé là-bas [à l’aéroport] quelques heures et on m’a emmené en garde-à-vue.

Après la garde à vue, vers 17h ou 18h, on m’a envoyé au Mesnil-Amelot : c’est là-bas que j’ai fait 3 mois plein là-bas.

Là-bas on nous traite comme… Je n’ai pas volé, je n’ai pas tué, mais on vous traite comme quelqu’un qui a fait quelque chose de mal.

——

 

Si tu es malade maintenant :  on va t’envoyer à l’hôpital. [Au CRA] si tu pars voir la police pour leur dire que tu es malade, demander à ce qu’on envoie chez le médecin, on va te dire « ce n’est pas encore l’heure », « c’est le moment de pause » ou je ne sais quoi… Si c’est le soir, tu restes comme ça à souffrir jusqu’au moment où les infirmières sont revenues. Ils vont te dire que « toi tu n’es pas sous traitement, il faut rester là ». Si on t’appelle, tu viens, si on ne t’appelle pas, tu ne dois pas venir.

Donc on se débrouille comme ça… des fois si tu as besoin de quelque chose tu pars vers eux [la police], on crie, on fait des manières… [pour attirer leur attention] c’est insupportable. Mais on supporte tout ça, jusqu’à ce qu’on ait terminé nos 3 mois [de rétention]. C’est ça.

Le matin, au réveil, dès fois on appelle les gens au micro. Si c’est pas ton tour d’y aller ça te dérange [ça te réveille]. Si tu dors, si on appelle quelqu’un, tu vas te réveiller et ton cœur va battre si c’est toi. Donc ça fait peur, on n’a pas le cœur tranquille, on n’a pas le cœur tranquille là-bas, pas du tout.

Le matin, si tu sors dehors… Dès fois si tu vois la police faire quelque chose aux autres, ça fait mal au cœur, mais tu ne peux rien faire. Tu vois tes sœurs ou bien tes frères, on les traite comme… Je ne sais pas comment, je ne sais pas parler trop français…

Il y a des frères, peut-être c’est à cause de leurs problèmes qu’ils font comme ça, ils font des problèmes. Si la police vient, ils mettent les menottes, et dès fois la police veut même « boxer » avec.

J’ai vu un frère togolais un jour, je n’ai pas pu supporter… Si moi j’avais pas le corps abîmé, j’aurais pu rentrer dedans… Mais si je rentrais dedans [pour défendre l’autre personne], mon problème va s’aggraver encore…

 Ce qu’on a fait à mon frère, je n’ai pas pu le supporter.

Par exemple, ce jour-là, il réclamait d’aller voir sa famille, sa femme et ses enfants. Il insulte, il crie, et la police est venue vers lui, elle a fait comme ça [le frappe] et puis les autres sont venus, ils ont mis ses mains derrière, bien serrés… Et puis si tu vois ça, ton cœur ne peux pas supporter.

Il y a des choses en tout cas… Moi je ne peux même pas souhaiter ça à mon ennemi d’aller dans ce truc-là. Ça fait peur, c’est pas bien. 

Ce que j’ai remarqué là-bas aussi c’est que chaque jour, si je mange, c’est que je suis rassasiée [elle veut dire mal au ventre]. Comme la nourriture n’est pas…

Depuis que je suis sortie de là-bas je n’ai plus jamais pris de médicament, et je suis à l’aise. Je ne comprends pas…. Ça remonte, c’est acide. Et puis mon ventre est gonflé. Quand je vais manger, je n’ai pas faim. J’ai demandé des médicaments. On me donne « Nom du médicament ». Ça diminue un peu.

Depuis que je suis sortie de là-bas, que je mange dehors, ça ne me le fait pas. Et je me demande, qu’est-ce qu’on nous donne à manger là-bas ?

Il y a un garçon qui a dit ça aussi un jour, que lui aussi ce qu’on lui donne ici, ça ne pouvait pas aller. Mais je ne sais pas ce qu’on met dans la nourriture.

On ne peut rien faire. Si on refuse de manger, qu’est-ce qu’on va manger ? On n’a pas de famille ici qui va venir nous donner à manger. Et puis ce que tu ne veux pas manger… Ce qu’on t’a donné, c’est ce qu’on t’a donné. Tu veux ou tu ne veux pas, c’est ça que tu vas manger. Tu n’as pas le choix. C’est ça qu’on vit là-bas.

Depuis que je suis sortie, ça fait bien 3 mois, je n’ai plus ressenti ça, je n’ai plus pris le médicament, c’est fini, je n’ai pas pris jusqu’à maintenant et je mange à l’aise.

——

 

Ils ont dit qu’il y a l’OFII et qu’on doit aller parler là-bas. J’étais là-bas à l’OFII, une fois pour parler avec ma famille. Il a fait « tic-tic » [il a tapé le numéro de téléphone], il a dit « non, ça ne passe pas ». Que le numéro ne passe pas.

Mais le numéro, quand j’ai pris le téléphone d’un ami chez nous [un autre retenu] : ça passe.

Je suis allé là-bas plusieurs fois, « ça ne passe pas ». Je n’ai pas appelé jusqu’à ma sortie. Ils ont dit qu’à l’OFII tu pouvais aller appeler ta famille, deux fois par semaine, ou une fois par semaine. Mais quand tu y vas, ça ne passe pas. Eux même savent ce qu’ils font là-bas…

Pour moi, ça n’a pas marché. Jusqu’à ce que nous même on soit allé chercher un téléphone, et on l’a chargé pour parler avec notre famille.

——

 

Quand on t’appelle pour aller au tribunal, aller devant la juge… c’est l’avocat qui parle. Après toi on te demande ton pays, le Président [le magistrat] te dit de faire un test [PCR], et si c’est négatif, de rentrer au pays. Nous on dit qu’on ne peut pas aller au pays, parce qu’au pays ça ne va pas. Après tout ça on te donne vingt-huit jours de plus, de rester encore dans le C.R.A.

Nous on n’a pas de chance, jusqu’à trois mois… Après trois mois c’était fini.

Toujours vingt-huit jours, vingt-huit jours, après deux semaines. Après, il y a les autres qu’on libère dans le centre. Si quelqu’un est libéré, les autres crient [de joie], toi aussi tu te dis : mon jour aussi viendra.

Et puis nous, quand nos trois mois sont finis, on nous a envoyé encore en garde-à-vue.

Le jour où on m’a envoyé en garde-à-vue, j’étais malade. Je devais prendre un médicament à boire, on m’a donné un gobelet, on m’a dit d’aller chercher de l’eau dans les toilettes. Les toilettes ça pue. Même si tu prends de l’eau dedans, c’est dégoûtant de boire ça. C’est de l’eau propre que tu vas prendre mais l’odeur que tu as sentie dans les toilettes… Mais je n’avais pas le choix, je l’ai pris, je l’ai bu.

On a passé la nuit là-bas, et la journée. On nous a dit qu’on allait nous libérer le soir. Le soir on nous a libérés, on nous a dit qu’on allait pas nous juger, qu’on allait nous juger [pour refus de test PCR] le 6 décembre.

Jusque-là on nous a mis sous contrôle judiciaire. Chaque semaine, on doit se présenter au commissariat. Si tu as raté [ta convocation], tu n’es pas allé, c’est fini pour toi…

Comme on est venu les poches vides, on n’a rien. On est parti vers les associations, et on a demandé de l’aide. C’est Utopia qui nous a logé à l’hôtel Ibis maintenant. Dieu merci maintenant on dort dans la chambre. Sinon, on reste sur la route comme ça… parce qu’on ne peut pas louer de maison, on nous dit qu’on n’a pas de papier… Donc maintenant on est dans un hôtel Ibis, grâce à Utopia. C’est l’association. C’est comme ça, c’est un peu difficile, mais on supporte…

Si on peut nous aider à fermer les CRA, les centres de rétention, c’est pas bien là-bas.

Auteur: Admin_Ile_de_France

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