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Les étrangers en prison

21 février 2011

A l’occasion de la sortie du numéro 67 de Causes Communes, consacré à la question des droits des étrangers en prison nous publions ce point de vue par Brice Deymié Aumônier national protestant des prisons.

La population étrangère en prison sur le territoire métropolitain est de 17,7% , principalement présente en région parisienne (peut atteindre 50% dans certaines grosses Maisons d’Arrêts).

Les étrangers en prison cumulent beaucoup de handicaps, outre le choc de l’incarcération il y a l’éloignement de leur famille et la barrière de la langue qui font que leur passage en prison est souvent un parcours du combattant. En prison il faut souvent écrire pour organiser sa vie quotidienne (médecin, dentiste, avocat, juge, directeur), écrire pour s’inscrire à une activité. Même si au bout d’un certain temps la personne peut un peu se débrouiller à l’oral, le passage à l’écrit relève de la mission impossible. Un codétenu peut parfois servir d’écrivain public mais ce service est le plus souvent payant, il faut le payer en cigarettes, timbres ou produits alimentaires. Le détenu sans moyens peut donc très vite choisir le silence et le désespoir. L’administration de la prison essaye quand c’est possible de regrouper les étrangers par nationalité, dans le groupe il y en a toujours un qui se débrouille mieux que les autres en Français et qui peut aider ses compatriotes mais avec le risque parfois de créer des dépendances  préjudiciables à une bonne entente à long terme. L’administration ne pouvant recourir au service d’un interprète assermenté chaque fois qu’elle doit s’entretenir avec un détenu ne parlant pas Français demande à un autre détenu de faire l’interprète et même si dans beaucoup de cas cela se passe bien on est quand même en droit de s’interroger sur le respect de la confidentialité de ces échanges.

Être étranger en prison c’est aussi ne pas recevoir des nouvelles fréquentes voir pas de nouvelles du tout de sa famille et en prison le sentiment d’impuissance démultiplie l’inquiétude. Que l’on pense par exemple à l’angoisse des détenus haïtiens lorsqu’ils ont appris le tremblement de terre dans leur pays, l’angoisse des détenus africains quand une guerre se déclenche dans leur province. Lorsque l’on est privé de nouvelles et que l’on est soi même dans une position assez inconfortable on imagine souvent le pire et l’on oscille alors entre une attitude égoïste et une inquiétude pathologique.

La prison pour les étrangers et surtout pour ceux qui ne parlent pas Français est un monde doublement clos, doublement pénalisant dont ils ignorent les codes et la culture et même s’ils parviennent parfois à l’appréhender, à s’aménager une vie, l’après prison leur apparaît alors comme un gouffre encore plus noir.

 Brice Deymié Aumônier national protestant des prisons

Lire aussi « Traverser les murs », par Caroline Bollati, responsable de la Commission Prison de La Cimade

Commander le numéro 67 de Causes Communes consacré aux droits des étrangers en prison.

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