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Agir pendant la crise sanitaire : des bénévoles témoignent

4 juin 2020

Depuis la mi-mars, les bénévoles de La Cimade sont en confinement et la plupart de leurs activités auprès des personnes étrangères se sont arrêtées sous leur format habituel. Sans possibilité de recevoir physiquement les personnes, comment maintenir un lien, continuer à agir, se sentir utiles et solidaires malgré tout ? Réponses de Paul Eftekhari, bénévole à Toulouse, et Sylvie Biard, bénévole à Dijon.

bénévole cimade

Comment se passe votre bénévolat en cette période de confinement ?

Paul Eftekhari : C’est une période très frustrante. Je suis habituellement bénévole lors des permanences juridiques, j’informe et guide les personnes dans leurs démarches administratives. Or actuellement, peu de démarches sont possibles, et nos moyens d’intervention sont très limités. Donc je me sens impuissant dans une période où la détresse des personnes est particulièrement grande.

Sylvie Biard : Malgré le confinement, c’est une période très intense. Je trouve qu’être active, garder le contact et travailler à distance, que ce soit avec l’équipe de La Cimade ou avec les personnes que nous accompagnons, est beaucoup plus exigeant et fatigant qu’en présentiel. Cette période exceptionnelle a également généré beaucoup de réflexions, de réunions nécessaires pour nous réorganiser… et la visioconférence a ses limites !

Qu’avez-vous dû mettre en place pour adapter les activités ?

P. E. : À Toulouse, comme dans de nombreux autres groupes locaux, nous avons mis en place des permanences juridiques par téléphone, qui se tiennent deux jours par semaine de 10h à 16h. Nous essayons de renseigner au mieux les personnes sur leur situation, malgré le peu de démarches possibles actuellement.

Nous essayons par ailleurs d’entretenir des liens à distance, entre nous bénévoles de La Cimade et aussi avec les autres associations avec lesquelles nous travaillons.

Nous profitons aussi de cette période pour approfondir nos connaissances juridiques, faire des recherches : nous avons plus de temps que d’habitude pour cela !

S. B. : À Dijon, nous maintenons les activités juridiques par téléphone, mais les demandes sont moins nombreuses. Certaines nous ont amené à faire des recherches spécifiques. Par exemple, nous avons eu plusieurs messages de femmes victimes des violences de leur conjoint, et n’osant pas porter plainte du fait de leur situation administrative. Bien sûr, il y en a toute l’année, mais on peut imaginer à quel point le contexte actuel aggrave les choses. Nous avons contacté d’autres associations locales pour travailler avec elles là-dessus.

Les cours de FLE (français langue étrangère) étant également interrompus, nous nous sommes inquiété·e·s des personnes qui suivent habituellement nos ateliers et tentons de maintenir le lien. Nous sommes une vingtaine de bénévoles à animer ces cours et nous nous sommes organisé·e·s pour appeler les personnes chaque semaine, pour celles qui nous répondent. Nous ne pouvons pas faire de travail écrit car elles n’ont pas d’ordinateur, nous nous contentons de l’oral.

Nous suivons également des personnes se trouvant en hébergement d’urgence, et dont les conditions de vie nous inquiètent beaucoup. Nous nous sommes par exemple mobilisé·e·s auprès de familles avec enfants, qui n’ayant aucun équipement informatique ne pouvaient pas suivre l’école à distance. Grâce à deux entreprises dijonnaises qui ont fait un don, nous avons pu récupérer huit ordinateurs qui ont été distribués sur deux lieux d’hébergement.

Qu’est-ce qui est le plus difficile ?

P. E. : De voir des personnes que nous suivons attendre des réponses qui ne viennent pas, et dont elles ont vraiment besoin, sans pouvoir les aider. Encore plus que d’habitude, la longueur des procédures donne lieu à des situations inextricables. Certaines personnes attendent depuis un an, deux ans… En temps normal, nous pouvons tenter d’intervenir, accompagner les personnes à la préfecture, envoyer des courriers, nous mobiliser d’une manière ou d’une autre. Mais là, nous sommes obligé·e·s de tout mettre en attente, c’est très frustrant.

S. B. : Les conditions dans lesquelles vivent les personnes que nous suivons. Celles qui sont en hébergement d’urgence, par exemple : tous les matins, de 10h à 13h30, on les envoie dans une maison en face du centre pendant que le ménage est effectué. Du coup, quand il pleut, elles se retrouvent parquées à 25 dans 12 mètres carrés… Au vu du contexte sanitaire, ça fait frémir. Cette période m’a amenée à redécouvrir des choses encore pires que ce que je pensais, dans la façon dont les personnes sont traitées. Et encore plus que d’habitude, elles vivent dans la peur : peur de se faire arrêter alors qu’elles n’ont pas les bons papiers, pas d’attestation pour sortir…

Qu’est-ce qui continue de vous motiver ?

P. E. : Malgré nos faibles possibilités d’action, je suis là pour les personnes, et c’est important. Elles sont contentes d’avoir quelqu’un à qui elles peuvent parler, qui les écoute, qui les renseigne. Je prends rendez-vous pour « après », en espérant que cette période se terminera.

S. B. : Je prépare la suite ! L’envie de retrouver mes activités d’avant m’aide à tenir bon. J’essaie de faire en sorte que le contact ne soit pas coupé. Parmi les personnes que nous suivons, il y en a avec lesquelles nous avons développé plus de liens, que nous savons en difficulté : nous n’avons que le téléphone pour les soutenir. Et avec l’équipe de La Cimade aussi, il nous faut continuer à être soudé·e·s, avancer et préparer l’avenir. Comme je suis membre du bureau local et régional, j’ai une responsabilité pour faire circuler les informations auprès de mes camarades, je sais qu’ils et elles comptent sur nous.

Un moment agréable et positif à retenir ?

P. E. : Récemment le tribunal administratif de Nantes a statué pour un monsieur que nous suivions, et accordé les visas à sa famille. Une petite victoire !

S. B. : La mobilisation autour des enfants en centre d’hébergement d’urgence. Outre la petite satisfaction d’avoir trouvé une solution pour leur fournir le matériel informatique dont ils avaient besoin, nous avons aussi constaté qu’un travailleur social du centre les avait pris sous son aile, prenant du temps pour s’occuper d’eux, les aider à faire leurs devoirs. Dans cette période, par ailleurs très sombre, ces quelques manifestations de solidarité font chaud au cœur.

 

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Propos recueillis par Charlotte Sérès

 

À la date de la publication de cette interview, comme pendant le confinement, les permanences juridiques n’ont pas encore repris leur activité habituelle, des permanences téléphoniques sont en place ici et là. Pour suivre l’évolution de la reprise de nos activités, retrouver les informations spécifiques à votre région dans les pages dédiées de notre site.

 

Lire tous les articles publiés par La Cimade en lien avec la crise sanitaire du coronavirus.

 

Auteur: Service communication

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