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Conflit à Gaza : Soutenir les acteurs de paix en Israël et en Palestine

28 janvier 2009

Le déluge de bombes et de feu s’est arrêté sur Gaza. Les explosions de roquettes ne s’entendent plus dans le sud d’Israël. Les Palestiniens comptent leurs morts, le monde entier peut constater l’étendue du désastre. Rien n’est réglé. Tout peut recommencer.

Le déluge de bombes et de feu s’est arrêté sur Gaza. Les explosions de roquettes ne s’entendent plus dans le sud d’Israël. Les Palestiniens comptent leurs morts, le monde entier peut constater l’étendue du désastre. Rien n’est réglé. Tout peut recommencer.

Le terme de victoire entendu dans l’un et l’autre camp résonne comme une  indécence : seules la haine, la souffrance et la mort ont gagné. Et les forces qui les propagent ont encore un bel avenir devant elles si il n’y a pas une véritable mobilisation internationale et au sein des peuples palestiniens et israéliens pour dire non à toutes ces folies meurtrières et pour  appeler à la mise en œuvre d’un véritable processus de négociations conduisant à l’établissement des conditions pour une paix juste et durable dans la région.
En Palestine et en Israël, les voix courageuses capables  de revendiquer une rupture radicale par rapport aux politiques menées jusqu’à présent sont encore très minoritaires et très peu audibles, quand elles ne sont pas directement menacées par les fanatiques des deux côtés. Mais elles existent, et elles seules sont porteuses d’espoir. C’est vers elles que la Cimade se tourne en priorité, pour se faire l’écho de leurs revendications, pour exprimer une solidarité active avec leurs initiatives concrètes. C’est autour d’elles que nous appelons nos amis chrétiens, juifs et musulmans à rassembler leurs voix et leurs énergies, pour faire entendre d’autres perspectives venues du cœur même du conflit qui parlent de respect mutuel, de coexistence et de coopération .

En s’engageant dans cette voie, avec une détermination accrue dans le contexte de crise actuel,  la Cimade reste sur la ligne de crête étroite et inconfortable sur laquelle elle a cheminé depuis sa création, concernant la recherche d’une paix dans la justice pour les deux peuples qui ont le droit de vivre dans la dignité et la sécurité sur cette terre saturée de mémoires et d’histoire.

À partir de l’engagement fondateur de son histoire qui fut de dénoncer la persécution des juifs par le régime nazi et d’entreprendre des actions concrètes pour sauver des vies menacées, la Cimade s’est toujours prononcée contre toutes les politiques nationales ou internationales visant à écraser le droit des peuples à vivre dans la dignité et la liberté. Elle s’est clairement située aux côtés des opprimés et des humiliés en lutte pour leur libération, qu’il s’agisse du colonialisme, de l’apartheid ou des dictatures militaires. Qu’il s’agisse aussi des politiques d’occupation, d’oppression et d’humiliation menées par les gouvernements israéliens successifs en violation du Droit International  à l’encontre du peuple palestinien.

Le bilan, dont personne n’a encore mesuré le véritable coût humain, politique et économique, du déchaînement de violences autour de Gaza, montre à quel point c’est folie de parler de «guerre juste».
Comment ne pas être atterrés d’apprendre que l’armée d’Israël a bombardé des hôpitaux, des centres de réfugiés, des écoles, en utilisant au surplus des bombes au phosphore, et que l’on dit que 90 % des israéliens soutiendraient ces actions en violation flagrante du droit humanitaire ? Comment accepter les arguments de légitime défense devant une telle asymétrie des forces en présence ?

Comment ne pas être scandalisés de constater le manque de volonté et de fermeté de la communauté internationale pour faire respecter le Droit International et pour convaincre/contraindre l’État d’Israël à se conformer, comme tout autre état membre des Nations Unies, aux décisions  prises  par les instances légitimes de la communauté des nations ? Comment faire admettre à une large partie de l’opinion publique israélienne et à ceux qui à l’extérieur soutiennent sans critique toute action menée par les gouvernements israéliens que c’est précisément parce que l’on reconnaît – et que l’on défend – le droit d’Israël  à exister en tant qu’État à part entière dans le concert des nations que l’on est en droit de réclamer qu’il respecte les mêmes devoirs que les autres ?

Comment ne pas être bouleversés par la propagation du virus mortel de la haine dans la société palestinienne comme dans la société israélienne qui semble, entre autres, paralyser toute  capacité d’analyse rationnelle des causes et des conséquences des actions menées et activer au contraire les fanatismes les plus irrationnels, allant du projet de la destruction de l’État d’Israël pour les uns, à celui du nettoyage ethnique ou de la soumission totale des palestiniens pour les autres ?

Pour aider les deux peuples à sortir de cette impasse meurtrière, de ce cauchemar qui n’en finit pas, il faut à tout prix sortir du stade des dénonciations haineuses et des justifications aveugles par chaque camp des violences commises contre «les autres».
Il faut de toute urgence que des acteurs responsables des deux côtés du conflit redonnent vie à des processus de négociation, basés sur un certain nombre de principes et de valeurs, et qui aillent bien au-delà de la gestion de cessez-le feu  qui ne font que geler des positions acquises par la force qui sont intenables à terme parce qu’insoutenables sur le plan du droit et de la morale.

Dans la ligne de son histoire marquée par une double solidarité avec les peuples israéliens et palestiniens, et conformément aux positions prises en particulier par le Conseil Œcuménique depuis 1948, la Cimade réaffirme aujourd’hui :

  • que la construction de la paix dans cette région repose sur la Justice et que le premier garant de la justice est le Droit International
  • que la base et la référence de tout processus de recherche d’une solution politique doivent être le respect du Droit International, tel qu’il a été énoncé par différentes résolutions des Nations Unies concernant le conflit Israélo-Palestinien , et tel qu’il est consigné dans les Conventions de Genève sur le droit humanitaire ou dans la Charte des droits de l’Homme. Le refus de l’État d’Israël de s’y conformer jusqu’à présent et l’impunité de fait dont il a bénéficié quand il violait manifestement ce droit, sont à la base de l’engrenage de violences qui a conduit à la situation explosive actuelle où il n’y a que des perdants et qui ont laissé des blessures plus graves que celles qui touchent le corps.
  • Qu’il ne peut y avoir aucune solution imposée par la force. Les faits ont tragiquement démontré que la puissance militaire de l’état d’Israël ne parviendra jamais à assurer le légitime besoin de sécurité de son peuple tant que son armée se comportera comme une force d’occupation, tant que des colons continueront à s’établir sur la terre palestinienne, tant que les populations civiles palestiniennes seront bouclées, enfermées derrière un mur, méprisées au quotidien, car elle trouvera toujours face à elle une résistance populaire de plus en plus forte. Les derniers évènements de Gaza, après bien d’autres, ont aussi fait la preuve que les méthodes armées employées par les groupes palestiniens radicaux pour répondre à cette politique en s’attaquant à la population civile d’Israël, aussi disproportionnées soient-elles dans l’ampleur des dégâts causés, étaient inacceptables sur le plan des droits humains et ne faisaient que légitimer et renforcer  les interventions israéliennes.
  • Que toute solution politique doit être élaborée et négociée par les principaux acteurs concernés : représentants de l’état d’Israël, de l’Autorité Palestinienne et du Hamas, que cela plaise ou non. Pour viser à l’établissement d’un état palestinien viable, partenaire à part entière et voisin de l’état d’Israël, les négociations devront aborder l’ensemble des questions ayant trait aux frontières, au démantèlement des colonies israéliennes implantées en territoire palestinien, à la liberté de circulation, à la destruction du mur, au statut de Jérusalem et au dossier sensible du droit au retour des réfugiés qui le demandent. La légitimité des négociateurs, devant leur peuple comme devant la communauté internationale, est une condition indispensable du succès. A cet égard, nous appelons d’urgence les dirigeants des différents mouvements politiques palestiniens à mettre fin aux luttes fratricides internes qui ne profitent qu’aux ennemis de la paix. En ce moment historique, la reconstruction de l’union nationale est une responsabilité plus que jamais indispensable sur le plan politique comme sur le plan éthique.

Dans le contexte actuel de tensions et de blocage, de fortes pressions et des mesures concrètes d’accompagnement doivent venir de l’Europe, de la nouvelle administration américaine, des Nations Unies pour amener des partenaires, antagonistes pour le moment mais incontournables, à s’engager dans de telles négociations. Les meilleures chances pour qu’elles puissent aboutir reposent, non pas sur un énième plan de paix concocté par des chancelleries occidentales, mais sur une mobilisation de plus en plus forte des femmes et des hommes qui n’en peuvent plus de la situation de guerre, qui souhaitent la paix en Palestine et en Israël , qui croient qu’elle est encore possible, qui pensent qu’elle est même la seule issue possible pour continuer à vivre sur cette terre, côte à côte, dans la reconnaissance et le respect mutuel.
Encore faut-il un projet crédible et susceptible de faire bouger les consciences. Le travail accompli par les négociateurs des «accords de Genève» au début des années 2000 pourrait utilement être ressorti des cartons car il abordait un grand nombre de ces questions épineuses.
Ce ne sont pas les projets qui manquent, mais bien la volonté politique de faire aboutir des négociations, qui intègreront à coup sûr des compromis, pour donner – enfin- une chance à la paix.

C’est avec ces hommes et à ces femmes de courage et de conviction que la Cimade souhaite s’engager d’avantage en leur apportant l’expression d’une solidarité active. Cet engagement, partagé avec d’autres partenaires associatifs, se traduira aussi par des actions de plaidoyer auprès des autorités françaises et européennes afin que le chemin de la paix ne soient plus seulement pavé de bonnes intentions mais aussi de mesures concrètes et conséquentes.

Adopté à l’unanimité par le Conseil de la Cimade le 24 janvier 2009

Auteur: Service communication

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