Rejoignez les équipes de La Cimade dans toute l’Ile-de-France !
Les équipes de la Cimade Ile-de-France recherchent des bénévoles. Rejoindre La Cimade, c’est ...
A l’occasion de la publication par la Direction Générale des Etrangers en France (DGEF) des premières données relatives à l’immigration et à l’asile pour l’année 2025, la Cimade propose une analyse critique de quelques chiffres relatifs au droit au séjour et à l’expulsion des personnes étrangères.
Droit au séjour : une politique toujours aussi restrictive
Depuis la publication des chiffres par le Ministère, la plupart des commentaires ont porté sur la hausse du nombre de titres de séjour délivrés pour les premières demandes de titres de séjour. Une partie de cette augmentation estimée à 11% est liée au nombre impressionnant de titres délivrés au titre de l’asile (+ 46% pour les personnes réfugiées et + 132,6 % pour les personnes bénéficiaires de la protection subsidiaire). Si l’augmentation du nombre de protections en 2025 joue un rôle dans cette hausse subite, c’est surtout la révision d’une pratique illégale qui a visiblement conduit à cette tendance. Jusque récemment, de nombreuses demandes de titres de séjour délivrés au titre de l’asile étaient en attente. En effet, les préfets persistaient à exiger la présentation des documents tenant lieu d’état civil pour déclencher la fabrication du titre, alors même que L’OFPRA faisait état de délais très importants pour la délivrance de ces actes. Cette situation a perduré jusqu’à ce que cette pratique illégale cesse, ce qui a provoqué une accélération soudaine des remises de titre de séjour, suspendues depuis des mois.
Pour les autres motifs, l’évolution du nombre de titres délivrés en première demande par motif reste très marginale, voire en baisse : seulement + 0, 1 % pour les titres délivrés pour motifs familiaux et – 12,6 % pour les titres délivrés pour motifs économiques.
La baisse de 10% du nombre de régularisation au titre de l’admission exceptionnelle au séjour vient confirmer les constats des associations sur les impacts de Loi Darmanin et de la circulaire Retailleau dénoncés dans une Tribune : une voie de régularisation par le travail via les métiers en tension qui n’a pas permis aux travailleurs sans papiers de sortir de la précarité administrative, et des instructions données au Préfet pour durcir et limiter les régularisations. Le nombre de régularisations au titre du travail ou des liens personnels et familiaux en France est somme toute chaque année très limité, ne dépassant pas 30 000 titres délivrés ces dernières années. On est loin du demi-million de régularisations annoncées par l’Espagne. Surtout, ces chiffres ne disent rien du nombre de demandes de régularisation déposées, et toujours en attente d’instruction. En effet, le constat partagé sur le terrain est celui-ci : les demandes fondées sur l’admission exceptionnelle au séjour, ou celui des liens personnels et familiaux ne sont pas traitées. Les préfectures affichent elles-mêmes sur leur site des délais d’instruction de 18 mois a minima. Ainsi, il est probable que la circulaire Retailleau continuent de produire ses effets néfastes pour les droits des personnes, et que le nombre d’admission exceptionnelle au séjour poursuive sa chute, puisque la plupart des demandes déposées depuis sa publication n’ont pas été instruites à ce jour.

A la fin 2025, près de 4,5 millions d’étrangers disposent d’un titre de séjour en cours de validité, soit 8,1% de la population : on est donc bien loin d’une prétendue invasion migratoire, laquelle alimente une vision anxiogène et stigmatisante des migrations et justifie des politiques déshumanisantes à l’égard des personnes étrangères
Une politique d’expulsion qui bat son plein
Les expulsions en 2025 ont augmenté de 15,7 % par rapport à l’année dernière et présentent, avec près de 25 000 expulsions réalisées, le plus haut chiffre enregistré au cours de ces dix dernières années.
Eloignement des personnes en situation dite « irrégulière »

A ce chiffre s’ajoutent les 24 512 éloignements enregistrés depuis les départements d’Outre-mer, dont près de 90 % concernent le département de Mayotte. Ce territoire expulse donc à lui seul quasiment le même nombre de personnes que la France hexagonale toute entière.
La politique d’expulsion française se caractérise depuis de nombreuses années par l’usage massif de la contrainte et l’année 2025 ne fait pas exception : les éloignements forcés sont en hausse de 21,1 % par rapport à 2024. A l’inverse, en 2025, aucun départ volontaire aidé n’a été enregistré. Les dispositifs de coercition et d’enfermement – dont font partie les centres de rétention administrative (CRA) – sont au cœur d’un système visant à dissuader les migrations, alors même qu’elles n’ont pour effet majeur que la violence imposée aux personnes. La Défenseure des droits s’est à ce titre alarmée cette semaine du recours par les forces de l’ordre de dispositifs de contention, de l’usage disproportionnée de la force et des atteintes à la dignité des personnes migrantes, en particulier en CRA et indique :
« Principal sujet de saisine de l’autorité administrative indépendante en matière de déontologie des forces de sécurité intérieure : les violences en CRA. Depuis 2021, la Défenseure des droits a été saisie de 230 signalements de faits de violences imputées aux forces de sécurité par des personnes retenues » (Le Monde, « La Défenseur des droits s’alarme d’une hausse « des atteintes à la dignité » des personnes étrangères de la part des forces de l’ordre », Arthur Carpentier et Julia Pascual, le 26 janvier 2026)
Cette hausse du nombre d’expulsions s’explique en partie par d’autres statistiques partagées par le ministère de l’Intérieur : le nombre d’interpellations de personnes en situation dite irrégulière qui a augmenté de 30,6 %, ce qui marque une nouvelle fois la poursuite d’une politique répressive et dissuasive, qui peut s’apparenter dans certains cas à une chasse à l’ « Etranger », avec des interpellations coute que coute (dans des centres d’hébergement, dans des hôpitaux, ou lors d’un dépôt de plainte par exemple).
Deux autres constats peuvent être faits sur les nationalités les plus représentées au niveau des personnes interpelées : d’une part figurent en haut du classement les nationalités algérienne (+ 51,5 %), tunisienne (+ 32,9 %) et marocaine que l’on retrouve dans les premières nationalités expulsées (avec là aussi une hausse) ; d’autre part on retrouve les nationalités érythréenne, soudanaise ou afghane en grand nombre qui sont en réalité majoritairement des demandeurs d’asile, pour beaucoup dans le Calaisis, et que l’on ne retrouve donc pas dans les principales nationalités éloignées. Alors que dans certains cas les interpellations font partie intégrante de la machine à expulser française, dans d’autres elle est l’expression de pratiques policières visant à chasser les personnes migrantes de l’espace public.
Des chiffres en trompe-l’œil à prendre avec des pincettes ?
Si près de 25 000 personnes ont bien été expulsées de la France hexagonale, en examinant les statistiques de plus près, le nombre d’éloignements forcés vers un pays extérieur à l’UE est d’un peu plus de 6 000, soit 5,3% de moins qu’en 2024.
Ce sont donc d’autres statistiques qui viennent gonfler les chiffres des éloignements. Parmi eux, nous pouvons retrouver :
Cette hausse s’explique en partie par le fait qu’à la suite d’une décision de la Cour de justice de l’Union européenne et d’une décision du Conseil d’Etat de février 2024, les autorités, dans le cadre du rétablissement des contrôles aux frontières intérieures, optent aujourd’hui pour des procédures de réadmissions en place et lieu de refus d’entrées aux frontières intérieures.
Plus globalement, l’ensemble des statistiques du ministère de l’Intérieur reflète les effets de l’arsenal juridique mis en place, et qui, réforme après réforme, a pour effet de considérablement durcir les conditions de régularisation, augmente le pouvoir discrétionnaire des préfectures et facilite le prononcé de mesures d’éloignement et de bannissement. Il est important de rappeler que derrière ces chiffres se trouvent de nombreuses vies humaines impactées par cette fabrique de sans-papiers qui vient alimenter une machine à enfermer et expulser.
A l’occasion de la sortie de ces chiffres 2025, La Cimade rappelle que d’autres politiques migratoires sont possibles afin de construire une société plus humaine, inclusive et solidaire.
La Cimade revendique plus particulièrement :
Soutenons les personnes sans papiers en signant la pétition « Liberté, Égalité Régularisez » !
Auteur: Responsable national Expulsion
Les équipes de la Cimade Ile-de-France recherchent des bénévoles. Rejoindre La Cimade, c’est ...
A l’instar du Collectif des Associations pour le Logement qui réunit au niveau national une ...
En 2026, la préfecture de Guyane a décidé de s’affranchir de l’Etat de droit
À l’approche de la journée mondiale de lutte contre le régime de mort aux frontières, La Cimade ...