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Hichem

29 novembre 2021

Dans le cadre de l’exposition « A l’intérieur, c’est l’enfer », des personnes retenues au centre de rétention du Mesnil-Amelot (77) s’emparent de leurs propres récits pour rendre visible et dénoncer la réalité opaque de l’enfermement dans ces zones de non-droit. Hichem a passé 60 jours en rétention, voici son témoignage.

L’exposition « A l’intérieur, c’est l’enfer » est une invitation à regarder et écouter celles et ceux qui ont subi l’enfermement en rétention administrative. Ce projet a été co-construit entre les intervenant·e·s de La Cimade au centre de rétention du Mesnil-Amelot (77), les bénévoles de La Cimade et les personnes concernées, complété par la vision du photographe Alessandro Camillo.

 

 

 

 

 

 

Ecoutez le témoignage d’Hichem :

Version courte

Version intégrale

“ 

Je suis arrivé à l’âge de 8 ans, j’ai eu le passeport, je suis rentré mais après ça a bloqué parce que j’ai fait quelques conneries mais bon après… J’ai jamais eu de problème de ce côté avec la justice mais juste parce que t’arrives dans certains départements c’est les préfets, les préfets qui prennent la décision de te mettre n’importe où.

Alors, ils regardent même pas ta vie en fait, il a vu que t’es arrivé dans son département, il cherche à te… Je suis passé par un tribunal, il n’a jamais prononcé d’expulsion donc pourquoi c’est le préfet qui décide derrière… On était tombés, on était 7 et bah les 7 ils sont tous sortis, y’a que moi qu’ils m’ont cassé la tête et m’ont emmené là-bas.

C’est le directeur [de la prison], il m’a dit « oui mais ici ils font ça ». Donc ça m’a un peu… je ne comprenais pas. Parce que à Fresnes je suis sorti plusieurs fois et j’ai jamais eu de problème…

Tu sors de prison on te parle d’une affaire de 2007 mais en 2007… On est en 2020 ou 2021 j’crois, 2021, bah 14 ans après on se réveille : ah tu as un arrêté [d’expulsion] faut l’exécuter. Tu veux exécuter quoi, tu vas rien exécuter du tout, tu as même pas regardé ma vie derrière. 

Entre temps j’étais marié pendant 7 ans bon après j’ai divorcé et j’ai refait ma vie en 3 ans, ils savent pas, ils regardent pas ta vie en fait. Ils prennent, ils te jettent comme ça, tu te retrouves là-bas et voilà.

——

 

Ils sont venus me chercher les gendarmes, le matin, donc ça m’a un peu énervé déjà ; moi j’ai fini ma peine, j’ai rien à faire déjà, j’ai fait ma peine jusqu’au bout déjà, j’ai même pas obtenu une « condit » [liberté conditionnelle], logiquement j’aurais dû avoir une « condit » comme tout le monde parce que j’avais le droit déjà, ils m’ont refusé à cause de ça [du fait qu’il est étranger]. Moi ça m’a un peu énervé, tu fais ta peine jusqu’au bout et en plus ils te ramènent ; double peine. C’est-à-dire voilà, t’es énervé, tu fais ta peine jusqu’au bout et derrière ils viennent te casser la tête. Ça s’appelle, voilà, la double peine. Ils m’ont dit : « non on va te ramener dans un truc, tu restes 2/3 jours », mais je crois que c’est 28 jours, c’est la carotte déjà.

Et puis je me retrouve à côté de là-bas, là je ne connaissais même pas. Je suis arrivé là-bas c’est dégueulasse. En fait, tout est fait pour te dégoûter en fait. C’est pas une nouvelle peine de prison ils te disent : tu pars. Mais tu vas dans un pays de destination, tu sais pas où tu vas aller. Toi ils s’en foutent c’est leur objectif. C’est pour ça que l’objectif c’est de te dégouter en fait, ils te mettent là-bas pour euh… tu vois c’est sale, c’est dégueulasse, tu restes 10 jours tu craques bah vas-y. C’est pour ça tout est fait pour te dégouter en fait.

Ça choque ! Parce que quand tu te retrouves dans un endroit comme ça, c’est le jour et la nuit. Tu te dis : « je suis où ? ». C’est pas la France. 

Après, voilà, c’est la première fois que j’atterris là-bas, donc heu… Je me retrouve là-bas, ça m’a un peu… ça m’a un peu dégouté. Mais heureusement que je suis parti vite parce que je voulais pas rester…

Ça m’a choqué. C’est tout. C’est la première fois que cela m’arrivait et j’espère que cela ne m’arrivera pas souvent parce que c’est dégueulasse là-bas. C’est invivable.

Tu fais une peine de prison. Ils choisissent, soit ils te mettent la peine de prison, soit ils trouvent une autre destination. Mais ils ne te prennent pas, ils te mettent en prison et tu fais ta peine jusqu’au bout, c’est à dire plus qu’un mec qui est né en France on va dire, et derrière, ils cherchent à te briser plus et te mettre dans un endroit dégueulasse. Ça te choque et si t’arrives là-bas, tu te dis : « j’ai fait ma peine, je ne dois plus rien ». Quand tu fais ta peine de prison, logiquement, tu as fini.

Pour moi j’ai fait ma peine, j’ai payé jusqu’au bout. Derrière ils te refont du sale, ben non, je ne suis pas d’accord. 

Je n’accepte pas ça. Ni pour moi, je ne le souhaite à personne d’autre, à n’importe quelle autre personne.

C’est dur déjà la peine de prison jusqu’au bout. Le dernier jour, ça énerve et derrière ils te rajoutent ça ! Ben arrêtez les conneries quand même. Voilà, c’est double peine pour moi.

La nourriture, c’est dégueulasse !  La nourriture est dégueulasse parce qu’ils te donnent de la bouffe exprès pour que ben… de toute façon, la bouffe quand c’est sale, dégueulasse, tu sais qu’elle est mal faite, ben tu ne manges pas et tu la jettes. Donc tout est fait pour… je l’ai dit, tout est fait pour te dégoûter de l’image de la France à la fin !

Le comportement [des policiers], c’est un peu… C’est pareil, ils te le montrent. Tu n’es pas le bienvenu. Tu n’es pas chez toi ici.  Y’en a même certains qui disaient qu’avant l’expulsion d’un mec, ils lui ont pris son argent ! ça veut dire qu’en fait, il y avait un mec qui était expulsé de là-bas. Il a appelé certaines personnes depuis là-bas. Il leur a dit « écoute, ils m’ont pris mon argent à la fin de l’aéroport ».

C’est-à-dire qu’ils sont venus le prendre [les policiers escorteurs]. Ils l’ont bâillonné, ils l’ont emmené et ils lui ont pris le reste de son argent. Il s’est retrouvé dans un pays, là-bas, sans argent.

Il a appelé les personnes de là-bas et ils ont fait passer le message. Après ils sont venus le chercher le matin. Ils ont pris son argent. Ils l’ont attaché. Ils l’ont frappé. Il a appelé les mecs du centre de rétention. Ça a un peu gueulé sur les flics. Ils ont dit « ouais, mais c’est qui qui est venu ce matin ? » T’expulses un mec de force et ils lui ont pris son argent à la fin, à l’aéroport. Ils l’ont étranglé. Il a pris des coups. Ça m’a un peu choqué. Ils te sautent dessus à 6 heures du matin pour t’étrangler, pour te faire du sale. Il ne me sautera pas dessus ! Sûr et certain, je vais me défendre.

Il y a certaines personnes qui ne parlent pas un mot de français, donc ils ne comprennent pas la langue, donc ils se font insulter. Ils les traitent un peu. Ils leur montrent que voilà… Genre, ils ne connaissent pas donc ils les traitent, ils les prennent par là… 

Ils sont un peu violents avec eux, brutal avec eux. Tu sais, ils leur disent des insultes, « fais ça, fais ça, fais ça ». Ils ne l’écoutent pas. Ils le prennent, ils le collent. Ils essayent de lui faire comprendre que tu n’es pas chez toi. Un peu comme j’ai dit, c’est… je ne peux pas intervenir. Tu vois de l’injustice, tu ne dis rien.

Il y a de l’injustice mais après, comme j’ai dit, chacun doit se défendre comme il peut. Tu le vois partout, même dans les prisons des fois, tu vois. Dans les prisons, des fois, les surveillants sautent sur certaines personnes, ça tabasse ! Ils le ramènent au mitard et disent qu’il a agressé alors qu’il n’y a pas d’agression.

Dans les centres de rétention, c’est pareil. Donc je pense que c’est la même. Ils provoquent et après, toi tu réponds et alors là c’est parti, ils te niquent vu que tu es en tort.

Lui, c’est le flic, toi t’es le détenu. Ben, c’est lui qui a raison. Donc tu n’as pas le choix, c’est lui qui décrit, ce n’est pas toi ! C’est lui qui décrit. Il appelle le procureur. C’est lui qui dit ce qu’il a envie de dire. 

Donc tu n’as plus qu’à fermer ta gueule. Tu dis oui. Soit tu dis oui, soit tu vas te défendre, mais même il ne te croira pas. Ben après voilà. C’est pour ça que je te réponds, je te dis ce qui se passe. Dans les flics… chez les flics et chez les surveillants de prison, c’est pareil. Pourtant eux, ce sont des surveillants. Tu as un uniforme de l’administration pénitentiaire. Après voilà, au centre de rétention, c’est pareil. C’est la même. Quand il trouve le moyen d’en écraser un, il va l’écraser.

——

 

Les juges, bah moi je te dis y’a certains juges, y’en a qui sont bien y’en a qui sont racistes ils te le montrent, bah voilà pareil. 

Les juges y’en a qui te montrent que voilà. Les juges dans leur comportement… y’a des juges qui sont bien, je suis passé devant certains juges ils sont humains, ils comprennent et y’a certains juges qui cherchent même pas à savoir, surtout ceux du centre de rétention. La dame, la dernière que j’ai vue, ça se voit que c’est une raciste dans l’âme, elle te montre tout de suite, t’es pas le bienvenu, t’es pas chez toi. Même si ça fait 50 ans que t’es en France c’est rien à foutre. Mais le juge chez qui je suis passé en deuxième était humain, elle a bien compris… il a bien regardé le dossier, il a regardé le fond du dossier, il a pas regardé le… il a vu que j’avais passé 30 ans dans un pays ou 40 ans presque, il a dit non, je peux pas me permettre d’abuser parce qu’il y a des droits donc dans ce dossier-là, j’pense il y a quelque chose à faire donc il a préféré me mettre dehors. Elle a dit j’te met dehors, après y’a des avocats elle me dit qui peuvent t’aider.

Donc elle me dit au bout de 40 ans dans un pays avec des enfants, tes parents, tes frères et sœurs bah ils sont tous français nés en France donc il me dit, bah voilà, je suis obligé de te mettre dehors je comprenais pas qu’ils t’aient emmené là. 

La juge était un peu plus stricte, la première parce qu’elle était un peu… t’arrives de prison il dit tu as refusé le test [PCR]… Bien sûr j’ai refusé le test j’ai le droit de le refuser c’est quoi le problème? Elle m’a dit je te mets 28 jours.

Mais le deuxième juge elle m’a dit « j’ai eu le temps de regarder bien ton dossier à la fin, je comprends que voilà… pour moi je te mets dehors ». C’est pour ça je dis que certains juges sont humains mais y’a certains juges ils ont pas d’état d’âme, ils cherchent à t’écraser, à te montrer que voilà…

Ma famille, en fait ma mère, je l’avais pas vu déjà depuis mon incarcération vu qu’ils me transféraient souvent, c’est à dire que j’étais de Villepinte à Châlon en Champagne, c’est à dire y’a 350km ou je sais pas combien donc ta mère là elle est handicapée elle allait pas venir jusqu’à là-bas. Donc ça veut dire y’a 2 ans que je l’ai pas vue donc…

Ils te privent déjà de tes droits déjà, l’administration pénitentiaire te prive de tes droits familiaux. En plus ils te rajoutent ça… donc ça m’a un peu énervé. Déjà les transferts ça m’a un peu énervé tout le temps. Pour ça quand je suis sorti je me suis un peu énervé contre le juge, la première, j’ai dis madame, vous m’avez fait faire une double peine déjà, j’ai fait une peine 2 ans plein en plus vous m’avez privé de mes parloirs, avec ma famille parce que j’étais à Villepinte c’était correcte le 9-3, mais vous me jetez à 300km, vous me privez pendant 2 ans. Ma peine je l’ai faite entière sans voir mes enfants.

Moi c’est une double peine qu’on m’a fait faire déjà. En plus je l’ai fait jusqu’au bout et en plus derrière ils me prennent la tête pour 28 jours de plus. Ah non non non là j’étais pas d’accord.

——

 

Mon fils il est venu. Parce qu’il a eu le permis donc il est venu 2 fois ouais, 3 fois. Il comprenait pas lui… « Qu’est-ce que tu fous là ? », il voyait déjà les gens, il voyait les flics bizarres, il me dit c’est quoi ces trucs-là. Mon fils c’est un sportif aussi, il est gentil, il est correct. Il a 19 ans, 20 ans bientôt. Il dit bah c’est quoi cet endroit, il était choqué, bah ouais il arrive il dit c’est quoi ici ! Bah regarde la vie des gens, lui aussi ça l’a choqué le… il est venu 3, 4 fois après… ça l’a un peu énervé les flics le comportement, la fouille… on dirait je sais pas quoi, il y a rien, je viens rendre visite à mon père et voilà. Lui aussi ça l’a un peu choqué, comment ça se fait tu te retrouves là déjà, ils ont pas compris que j’ai des enfants, une famille, t’as tes parents, t’as tout. Ils te prennent, ils te jettent là-bas.

Ils ont des problèmes dans la tête et voilà. Des fois il me dit je comprends pas. On est une famille, on reste une famille c’est tout .

Ça l’a un peu choqué c’est pour ça il m’a dit je vais voter cette année, il est parti faire sa carte. 

Bah oui ça l’a énervé, il a dit c’est quoi cette histoire n’importe quoi. Je te jure c’est vrai ! Il m’a dit je vais aller voter moi pourquoi ils font de la merde comme ça là !

Mon fils a fait la carte, mon frère, mes cousins en ont tous fait une. J’ai au moins 30 cousins ici, ils sont venus en France, bah pareil, ça y est ils ont tous fait leur carte. Avant ils allaient même pas voter, même eux comprenaient pas. Qu’est-ce que tu fais là, t’es arrivé à l’âge de 8 ans, ils te ramènent là, ils ont des problèmes dans leur tête, ils ont regardé ta vie ils ont même pas regardé que ta vie tu as grandi là, toute ta vie tu as vécu en France, t’étais à l’école, t’étais sportif, tu étais même chez les professionnels, chez les pros, ils arrivent aujourd’hui, ils te prennent chez les gendarmes, ils t’amènent là-bas ils ont même pas regardé ton dossier, viens tu sors d’une peine de prison, viens je t’emmène dans un centre.

Ils me disent : « Tu vas aller chez qui là-bas ? ». Bah nulle part parce qu’au Maroc, ça fait depuis 1984-85 que j’ai quitté le Maroc. 

C’est-à-dire que je suis pas retourné là-bas puisque j’avais que des grands-parents là-bas et ils sont morts. Donc tu me ramènes dans un pays que je connais pas. Je me retrouve là-bas au bout de… ils te jettent là-bas.

J’ai l’arrêté [d’expulsion] de 2007, depuis que Sarkozy il est passé au pouvoir. Il a fait sa politique de quotas, d’expulsion, donc il m’a mis dedans mais après à la fin ça a pas abouti. Logiquement avec les années que j’ai passé en France, il m’a remis dehors.

Et voilà, depuis 2007 ça a bloqué. Je me suis marié en 2011, pareil j’ai été à la prèf [préfecture], ils m’ont convoqué pour faire la carte après ils ont vu que j’avais l’arrêté [d’expulsion], ils m’ont dit fais le retirer après tu reviens y’a pas de problème mais bon depuis j’ai pas cherché à savoir je suis tombé sur un…

Ils me demandent toujours des papiers, mais des trucs tu peux pas imaginer. Des factures…

Mon fils il a grandi avec moi, c’est-à-dire il a vécu avec moi toute sa vie c’est-à-dire en fait ils te demandent des factures des courses, des baskets… Arrête tes conneries t’achètes une paire de baskets tu fais pas faire une facture…

Des fois ils demandent des trucs pour moi c’est de la merde. Ça m’énerve parce qu’ils font que te mettre des bâtons dans les roues. Parfois t’as même pas envie de te battre avec eux, après tu dis vas-y. En fait ils cherchent la merde pour rien.

Logiquement, avec les années scolaires, quand j’étais à l’école mineur. Donc logiquement ils comprennent que y’a pas à discuter. En fait tu leur donne un papier, ils te sortent autre chose.

C’est quand j’ai atterri en prison que le préfet il a commencé à raconter de la merde.  Et le tribunal administratif qui demande des preuves.

Il demande « oui mais il faut que tu prouves que t’es resté sur le territoire pendant toutes ces années ». Bah oui, vous voulez que j’aille où déjà ? 

C’est vrai, t’as tes parents qui sont là, j’ai grandi ici, j’étais à l’école. Voilà ils demandent des preuves, prouve que tout ce temps-là t’étais en France, mais comment voulez-vous que je prouve ?

Quand je suis passé au tribunal administratif, je leur donne les preuves. Le passeport je l’avais pas, je l’ai pas trouvé. Maintenant je l’ai trouvé… Quand est-ce que je suis rentré en France ? Le passeport il date de 84 là je viens de le trouver, l’avocate m’a dit c’est déjà mieux. Maintenant je l’ai sur moi je vais le donner à l’avocate. J’ai cherché une avocate qui s’y connaît bien maintenant.

Logiquement, ils voient l’école, ils voient ta famille. 84, on est en 2021, ça fait combien de temps ? Ça fait 36 ans. Ben 36 ans on arrête les conneries. Ils veulent une preuve que je suis rentré en France, mon passeport il est là. Il date de 84, donc pour moi y’a rien à dire.

J’étais à l’école, l’école est là. Vérifiez l’école où j’étais inscrit pendant 3 ans. J’ai fait 3 ans d’école. J’aimais pas les cours donc j’ai séché donc la prof à chaque fois elle me dit -c’était Madame Chollet, j’me rappelle quand j’étais petit- elle me dit : « vous avez fait les cours ? » – Non j’ai pas fait les devoirs parce qu’en fait je sortais un peu tard j’avais 10,11,12 ans donc le matin j’allais en cours j’étais fatigué j’allais en cours mais de force parce que ma mère elle m’emmenait. Donc après je séchais les cours j’ai arrêté au bout de 3 ans j’ai dit maman ça sert à rien de te prendre la tête j’aime pas l’école je veux pas y aller. Après ils m’ont viré de l’école et je suis parti dans le sport.

Après, depuis, le sport j’ai pas lâché, j’ai grandi avec mes amis dans le sport depuis petit. Aujourd’hui y’en a ils sont champions du monde, moi j’suis pas arrivé là parce que ma situation administrative ça bloque. Quand ils font des combats tu peux pas y aller, même si t’es professionnel depuis des années ça bloque…

——

 

Le confinement pour moi, moi j’ai vu des mecs qui sont malades ils les ont mélangés. Ils s’en foutaient de qui était malade ou pas malade si l’autre était plus fragile que les autres, il crève. 

Et eux ils s’en foutaient : « tu fermes ta gueule, tu le prends [dans ta cellule] », donc les flics ils avaient un peu peur que ça aille plus loin. Y’en a [des personnes retenues] qui avaient pas envie d’aller en prison, donc bon ils acceptent, même s’il est malade je le garde avec moi, même si il l’attrape. Pour moi c’est de l’injustice, « ferme ta gueule, t’es pas chez toi, t’obéis c’est tout ».

Après les mecs, y’en a certains qui n’ont pas envie d’aller en prison, ils ont jamais connu la prison donc ils ont pas envie d’y aller donc ils acceptent, ils disent si je tombe malade tant pis.

On était beaucoup, c’était rempli. Y’en a qui étaient deux, trois, quatre même. Y’en a ils dormaient un par terre. Ils s’en foutaient de ça.

Y’avait pas de nettoyage… c’est dégueulasse le nettoyage, c’est moi qui nettoyait ma cellule parce que c’était pas nettoyé. 

Dans les cellules sales, ils rentrent avec la même serpillère dans ta cellule. Moi je suis pas d’accord, tu prends pas une serpillère d’un mec euh… Y’a des cellules tu peux pas poser les pieds par terre donc ils rentrent, ils mettent un petit coup comme ça et la crasse qui est dans cette cellule il te la ramène dans ta cellule. Bah non, je préfère faire le ménage tout seul moi, je le faisais le ménage tout seul.

Mais les douches c’est dégueulasse, si je pouvais faire des photos je les aurais faites mais j’avais pas… Bah non, parce que tu rentres là-dedans tu peux pas te laver. Tu poses les pieds par terre t’attrapes des champignons dans les pieds. 

C’est dégueulasse ces douches, je peux même pas te dire comment c’est. C’est pas des douches c’est des caves. Bah oui par terre c’est sale, les murs sont humides presque… Non non tu peux pas te laver, ça veut dire voilà laisse tomber. C’est dégueulasse, non c’est un truc je le souhaite à personne.

——

 

J’ai fait une connerie. J’ai dit au juge j’assume, y’a pas de problème la prison, j’ai fait une connerie, je paye. Y’a pas de problème, je demande pas pardon ni rien. La prison je la connais je vais y aller, pas de problème. Mais comme j’ai dit, j’ai pas de situation.

C’est-à-dire qu’en fait j’ai pas le choix. J’ai pas de RSA, je vis avec 0 euros par jour, c’est-à-dire j’ai pas de ressources, je peux pas travailler parce que mes papiers administratifs c’est un peu dur.

Mais moi j’aimerais changer de vie, croyez pas que ça me fait plaisir d’aller en prison. Ça me fait pas plaisir d’aller en prison, j’ai envie de changer de vie, j’ai envie de travailler, j’ai envie de faire autre chose. Mais la situation administrative qui bloque bah ils m’obligent à…

Si je travaille pas je suis obligé de faire autre chose, ça me pousse un peu à faire des conneries, des petits trucs, pas des trucs de fou mais de la survie on va dire, pour vivre à peu près correctement, manger au restaurant, payer tes cafés, t’acheter des affaires, te faire plaisir. Comme j’ai dit je demande pas de vivre avec des millions d’euros mais je demande de vivre à peu près correctement.

Comme j’ai dit j’ai envie de travailler, j’ai envie de changer de vie mais ma situation, actuellement, ça bloque. Et ça fait 36 ans que ça dure. 

Un jour j’espère tourner la page. Voilà si demain j’arrive à régulariser ma situation je peux ouvrir une affaire, je vais travailler. Comme tout le monde, ils n’entendront plus parler de moi mais pour l’instant c’est impossible donc je suis obligé de faire avec. C’est vrai je suis obligé de faire avec parce que y’a pas le choix…

 

Auteur: Admin_Ile_de_France

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