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« J’étais un simple étranger en situation irrégulière »

2 octobre 2019

Monsieur R. a quitté Haïti en 2003. Il est arrivé en Guadeloupe à l’âge de 16 ans et travaille maintenant comme peintre. Suite à un contrôle d’identité, il est placé en retenue administrative. Il raconte son expérience de la retenue dont il a fait l’objet avant son enfermement au CRA des Abymes.

#MaParoleEstLibre

L’interpellation n’était pas la meilleure façon de faire : je n’étais pas recherché. La police est descendue de la voiture sans se présenter. J’étais au téléphone et brusquement ils m’ont dit : « Raccrochez ! ». Ça m’a perturbé. Juste après je dis : « Pourquoi ? Qui êtes-vous ? ». Ils me disent : « Contrôle d’identité ! Vous avez un document d’identité ?
– Non
– Étranger ?
– Oui
– Titre de séjour ?
– Non
– On va vous amener et la préfecture va donner suite à votre dossier. 
»

Après, l’audition, là c’était… C’était pas facile à vivre. La dame n’avait … Je n’étais pas humain en sa présence ! J’étais un simple étranger en situation irrégulière.

Elle me sortait de drôle de mots « Vous ne travaillez pas », « C’est les taxes que je paye qui font les routes », « Vous ne payez pas d’impôt ».

Pour moi la dame là-bas [en retenue administrative] n’a pas la lucidité pour ce poste. Pour ce poste, il ne faut pas être raciste. Les étrangers ne sont pas des criminels. Il faut comprendre que nous travaillons, avec professionnalisme, et dans le respect des autres. Le respect de soi puis celui des autres. J’avais demandé à la dame de lire [le procès-verbal]. Elle a refusé. Elle l’a déchiré, et a recommencé.

Elle a ses droits, moi aussi. L’autre aussi a ses droits. Il faut savoir respecter les droits de l’autre en tant qu’humain.

Sur le coup la dame ne m’a rien fait, mais depuis mon arrivé ici [au CRA] l’histoire de la dame me fait mal au crâne : c’était méchant, je ne mérite pas ce traitement-là.
A mon arrivé, ici d’autres compatriotes se plaignaient de cette situation avec cette dame. Je ne suis pas le seul.

Au commissariat, j’avais l’impression que, parce que je parlais et comprenais le français, cela posait problème.
Les policiers ont demandé à la dame si je parlais français. « Et oui… Malheureusement, il le parle parfaitement. Alors soi-gnez votre français ! ».
Et puis la dame me dit : « Pour une fois que je tombe sur quelqu’un qui parle français, vous faites chier les gens ! ».

 

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Auteur: Région Outre-Mer

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