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Un pas de plus dans l’indignité en préfecture de police de Paris

31 octobre 2018

Le quotidien de la rétention offre son lot de lourdes situations humaines aux intervenant·e·s de La Cimade. On croit avoir tout vu : des enfants (parfois âgés de quelques mois seulement), des personnes atteintes du VIH ou d’une hépatite et en passe d’être renvoyées vers la mort faute de soins accessibles dans leur pays d’origine, des mères et des pères de famille arraché·e·s à leurs proches, des hommes et des femmes qui vivent en France depuis leur enfance, des exilé·e·s catapulté·e·s à l’autre bout de l’Europe au nom du sacro-saint règlement Dublin. On croit avoir vu le pire. Et là, Gabriela pousse péniblement la porte de votre bureau.

Si un grand concours du sordide venait à être organisé entre les autorités préfectorales du pays, la préfecture de police de Paris tiendrait sans doute la corde après avoir interpellé, enfermé et tenté d’expulser Gabriela – à déjà deux reprises, un second vol à destination de Bucarest ayant été réservé pour elle pas plus tard que ce matin ; le troisième ne tardera pas, et son escorte du jour lui a bien fait comprendre, gestes à l’appui, qu’elle n’hésitera pas à utiliser la manière forte la prochaine fois.

Pourtant, la jeune femme (une trentaine d’années) est lourdement handicapée depuis les actes de barbarie dont elle a été victime de la part de son beau-père en Roumanie et qui ont abouti à l’amputation partielle d’un bras et à la grave perte de motricité de l’autre bras. A cela s’ajoutent d’autres pathologies, une grande vulnérabilité psychologique, ainsi qu’une maîtrise extrêmement rudimentaire de la langue roumaine – Gabriela ne s’exprime que dans un dialecte très inusité. Vivant dans la rue avec son compagnon – qui a fui la Roumanie avec elle après les sévices qu’elle y a subis –, son isolement et sa précarité sont immenses, malgré l’aide d’accompagnateurs sociaux particulièrement inquiets de cette situation.

Qu’importe, pour la préfecture de police de Paris, plus qu’une personne à aider et à protéger, Gabriela est une personne à enfermer et à expulser – c’est une « charge déraisonnable pour l’Etat français », que voulez-vous ? Aussi, après une première mesure d’expulsion notifiée en août dernier, c’est un arrêté de placement en rétention qui est remis à Gabriela mi-octobre – tout cela sans qu’elle puisse à un seul instant comprendre ce qu’il était en train de lui arriver (faute, notamment, d’interprète idoine) et soit en mesure d’exercer ses droits pour contester cette procédure.

A ce jour, cela fait donc deux semaines que Gabriela est enfermée au centre de rétention du Mesnil-Amelot, venant jour après jour déverser sa détresse et son incompréhension dans les bureaux de La Cimade, avec son compagnon à l’autre bout du fil pour seule personne à même de la comprendre et de lui parler.

On croit avoir tout vu, on croit avoir vu le pire. Mais difficile de ne pas être effaré·e lorsque l’on songe à la chaîne de personnes qui, depuis son interpellation, se sont retrouvées face à Gabriela mais n’ont pas jugé bon d’empêcher ou de mettre fin à son enfermement. Son quotidien au centre de rétention n’est rendu à peu près viable que grâce à la solidarité des autres personnes retenues, qui lui viennent en aide pour des gestes aussi élémentaires que boire et manger, et l’entendent pleurer seule dans sa cellule la nuit. Côté cour, même l’avocat supposé la défendre lors de sa présentation devant le juge des libertés et de la détention n’y a rien trouvé à redire ; « la procédure est régulière », tout va bien pour elle.

Pendant ce temps, le huitième bureau de la préfecture de police de Paris, parfaitement au fait de la situation, attend sereinement de pouvoir ajouter un trait de plus à sa longue liste de personnes renvoyées cette année. Peu importe à quel prix.

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