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Analyse critique des chiffres relatifs au droit au séjour, à l’asile et à l’expulsion des personnes étrangères

7 juillet 2026

A l’occasion de la publication par la Direction Générale des Etrangers en France (DGEF) des premières données relatives à l’immigration et à l’asile pour l’année 2025, la Cimade propose une analyse critique de quelques chiffres relatifs au droit au séjour et à l’expulsion des personnes étrangères.

Droit au séjour : une politique toujours aussi restrictive

En 2025, la hausse apparente de 11 % des premières délivrances de titres de séjour en France s’explique surtout par un rattrapage administratif : la fin d’une pratique illégale, qui bloquait les titres délivré au titre de l’asile a libéré des milliers de dossiers en attente. Pour les autres motifs, la tendance reste stable ou en baisse :

  • Titres familiaux : +0,1 % (quasi-stagnation).
  • Titres économiques : -12,6 % (ou -13,2 % selon les sources).
  • Titres étudiants : +5,3 % (légère hausse).
  • Titres pour soins : -5 %, confirmant une baisse continue depuis la réforme de 2016, qui a transféré l’évaluation médicale de l’ARS (ministère de la Santé) à l’OFII (ministère de l’Intérieur). En 10 ans, le nombre de titres pour soins a été divisé par 3 (31 060 en 2016 contre 11 370 en 2025).

Les régularisations exceptionnelles, déjà très limitées (moins de 30 000 par an), reculent encore de 10 %, reflétant les premiers impacts restrictif de la loi Darmanin et de la circulaire Retailleau, qui durcit les critères. Avec 4,5 millions d’étrangers disposant d’un titre de séjour en cours de validité (8,1 % de la population), ces chiffres démentent l’idée d’une « invasion migratoire », mais illustrent une politique migratoire de plus en plus restrictive et déshumanisante.

Asile : une demande en baisse, mais une hausse des réexamens

En 2025, 116 944 premières demandes et 35 960 demandes ultérieures ont été enregistrées dans les Guichets Uniques pour Demandeurs d’Asile (GUDA).

Nationalités les plus représentées :

  • Premières demandes : Ukraine, RDC, Afghanistan, Haïti.
  • Avec réexamens : Afghanistan (14 540 demandes), Haïti (13 750), Soudan (majorité des Dublinés).

L’année 2025 marque un record en matière de décisions favorables : l’OFPRA a rendu 156 509 décisions, accordant 63 593 protections (soit un taux d’accord de 40 %). La CNDA, de son côté, a accordé 15 190 protections supplémentaires sur 53 086 décisions, soit 14 % de moins qu’en 2024.

Expulsion : une politique répressive en pleine accélération

En 2025, la France a enregistré une hausse record de 15,7 % des expulsions (près de 25 000), soit le niveau le plus élevé en dix ans, auxquels s’ajoutent 24 512 éloignements depuis l’Outre-mer, dont 90 % concernent Mayotte — un territoire qui expulse presque autant que l’Hexagone à lui seul.

Cette politique répressive repose sur une escalade de la contrainte : les éloignements forcés ont bondi de 21,1 %. Les centres de rétention administrative (CRA) et les méthodes coercitives, dénoncées par la Défenseure des droits pour leurs violences (230 signalements depuis 2021) et atteintes à la dignité, illustrent une logique de dissuasion brutale.

Cette intensification s’explique aussi par une explosion des interpellations (+30,6 %). Les nationalités algérienne, tunisienne et marocaine représentent à elles seules 44 % des interpellations réalisées en 2025, et se retrouvent logiquement parmi les premières nationalités expulsées.

Si près de 23 500 personnes ont bien été expulsées de la France hexagonale, un examen plus attentif des statistiques révèle que le nombre d’éloignements forcés vers un pays extérieur à l’UE n’est que de 6 000, soit une baisse de 5,3 % par rapport à 2024.

Véritable machine administrative à expulser, cette politique révèle une dérive sécuritaire et une banalisation de la violence institutionnelle.

Une comparaison européenne révélatrice

Selon Eurostat, la France a délivré 137 550 obligations de quitter le territoire (OQT) en 2025, soit plus du quart des OQT prononcées dans l’Union européenne. Elle se distingue ainsi comme l’État membre qui prononce de loin le plus de mesures d’expulsion en Europe, devant l’Allemagne et l’Espagne. Pourtant, la France n’est pas le pays qui expulse le plus vers les pays extérieurs à l’UE. Le taux d’exécution des OQT en France s’élève à 10,9 % en 2025, bien en dessous de la moyenne européenne (27,5 %).

Derrière ces statistiques se cache un durcissement continu des politiques migratoires, marqué par des réformes successives qui restreignent les régularisations, renforcent le pouvoir discrétionnaire des préfectures, et facilitent les mesures d’éloignement. Ces chiffres reflètent une logique de précarisation des personnes étrangères, alimentant un système qui fabrique des sans-papiers pour mieux les enfermer et les expulser. Face à cette réalité, La Cimade rappelle qu’il est possible et urgent de mettre en place des politiques migratoires plus humaines, inclusives et solidaires.

La Cimade revendique plus particulièrement :

  • La fermeture de tous les lieux d’enfermement spécifiques aux personnes étrangères, l’arrêt des expulsions, la suppression de toute mesure de bannissement entravant une demande de régularisation
  • Une régularisation large et durable de toutes les personnes étrangères
  • L’égalité des droits pour toutes et tous
  • Des procédures d’asile équitables pour toutes les personnes sollicitant l’asile

 

Soutenons les personnes sans papiers en signant la pétition « Liberté, Égalité Régularisez » !

 

Auteur: Responsable national Expulsion

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