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La montée de l’extrême droite en Europe

La montée de l’extrême droite en Europe est visible à plusieurs niveaux. D’abord dans les urnes, comme en attestent les élections européennes de 2024 ou les partis d’extrêmes ont gagné plus de sièges que jamais auparavant, ou encore le fait que plusieurs chefs d’État sont issus de partis uniquement d’extrême droite. On observe également une banalisation des idées d’extrême droite, de plus en plus répandues et normalisées, au sein des médias et de courants politiques supposément plus modérés.

Quels sont les pays en Europe gouverné par l’extrême droite

Actuellement (décembre 2025), il y a 4 pays avec des chefs d’Etats dont les partis sont d’extrême droite (1) au sein de l’UE : l’Italie, la Hongrie, la République Tchèque et dans une certaine mesure, la Belgique (2)

On pourrait penser qu’il ne s’agit « que » de 4 pays sur 27, pourtant, d’autres chefs d’Etats ont été élus sur des programmes qui prônent ouvertement des idées d’extrême droite : nationalisme, protectionnisme et xénophobie. On peut penser par exemple au Danemark, où un gouvernement socialiste, mené par Mette Frederiksen, a été élu sur une plateforme anti-immigration et s’allie à

l’extrême droite pour porter des propositions attentatoires aux droits des personnes exilées. On peut penser par exemple aux déclarations conjointes avec d’autres pays européens qui visent à remettre en question la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) (3) (4). Le gouvernement Slovaque, mené par Robert Fico, est un autre gouvernement au sein de l’UE qui porte en même temps des idées nationalistes, xénophobes et des réformes social-démocrates. Etant donné qu’il n’y a que trois pays gouvernés par les sociaux-démocrates au niveau européen (Danemark, Espagne, Malte), et qu’un de ces trois Etats est ouvertement anti-immigration, il y a actuellement peu de forces en faveur d’une Europe solidaire et accueillante pour les personnes étrangères. 

Par ailleurs, la montée de l’extrême droite en Europe n’est pas uniquement visible au niveau des chefs d’états : au élections européennes de 2024, l’extrême droite (qui siège au sein de différents partis) a gagné plus de sièges que jamais auparavant. Actuellement, trois partis d’extrême droite cumulent un total de 187 sièges sur 720 (5) alors que sous la précédente mandature (2019-2024) ils cumulaient 118 sièges (6)

Finalement, les idées d’extrême droite se banalisent largement au sein de la droite dite traditionnelle et plus globalement dans les sphères politiques et médiatiques. La montée de l’extrême droite n’est pas uniquement visible dans les urnes, mais aussi dans des propositions et idées qui auraient été considérées inacceptables il y a quelques années et qui désormais sont banales. La remise en cause de l’état de droit, des cadres juridiques protecteurs comme la CEDH, ou des propositions qui banalisent l’enfermement, l’externalisation des politiques migratoires et contournent le droit européen et international comme la proposition de « Règlement Retour » sont devenues monnaie courante.  

L’extrême en Europe : pourquoi est-ce une menace ? 

L’extrême droite est une menace car elle prône des idéologies racistes, xénophobes et nationalistes. Elle prône un projet de société destructeur de l’état de droit, de la démocratie participative et ne fera que frapper les personnes déjà les plus précaires, démunies et exclues en renforçant les inégalités. La banalisation des idées d’extrême droite au niveau européen est déjà synonyme d’attaques sur les droits des personnes exilées – mais pas que. 

La Commission européenne justifie des propositions législatives toujours plus répressives avec des arguments fallacieux et disséminés par l’extrême droite comme le mythe de l’appel d’air (7). La sécurité (ainsi que son pendant, l’insécurité, qui est généralement imputé à la présence de personnes étrangères), une des thématiques fétiches de l’extrême droite, est constamment invoquée par la Commission pour justifier des propositions qui fichent, enferment, criminalisent et excluent les personnes étrangères. 

Quels sont les partis d’extrême droite en Europe ?

Au niveau européen, les partis politiques des différents Etats membres se regroupent au sein de groupes de partis européens qui partagent des idées et valeurs similaires. Au Parlement européen, on compte désormais trois partis qui sont ouvertement d’extrême droite : le groupe des « Patriotes pour l’Europe » ou siège le Rassemblement National, le groupe des « Conservateurs et Réformistes Européens » ou siègent des ex-membres de Reconquête et le groupe « l’Europe des Nations Souveraines » où siège le parti Reconquête (8).

Bien que ces partis se soient répartis dans des groupes différents, ils portent des revendications communes : rejet des personnes migrantes et étrangères, « protection des frontières », nationalisme (souvent exprimée par un appel à respecter la souveraineté des Etats membres, c’est-à-dire un rejet de l’Union Européenne et en particulier les règles trop protectrices des droits humains et de l’état de droit). 

Avant la mandature actuelle, les partis plus modérés au sein du Parlement européen refusaient de s’allier aux partis d’extrême droite que ce soit pour des votes, des résolutions etc. Depuis 2024, ce « cordon sanitaire » a sauté. Le Parti Populaire Européen (PPE) qui regroupe les partis de droite conservatrice démocrate-chrétienne et constitue le plus gros groupe au sein du Parlement avec 188 sièges, de plus en plus acquis aux idées d’extrême droite, n’hésite pas à former des coalitions avec les partis d’extrême droite afin de faire adopter des textes. Ces nouvelles alliances, que l’on peut observer au niveau européen, mais aussi au niveau national, contribuent à normaliser les idées nocives de l’extrême droite et l’existence même de ces groupes politiques. 

Quel est le combat de l’extrême droite en Europe et pourquoi celui-ci est nocif pour La Cimade et les personnes qu’elle accompagne ?

Les valeurs de l’extrême droite sont nocives pour La Cimade et les personnes qu’elle accompagne à plusieurs niveaux. En premier lieu, l’extrême droite prône et défend des idées racistes et xénophobes, qui vont à l’encontre des valeurs et principes de La Cimade qui lutte activement contre ces préjugés. L’extrême droite milite pour un modèle de société en tous points opposé à celui défendu par La Cimade qui est porteuse de revendications pour l’égalité des droits de toutes et tous et un changement de paradigme en faveur de politiques migratoires accueillantes.

L’extrême droite agit pour exclure les personnes étrangères, incite à la peur et à la haine à leur égard ce qui se traduit au niveau législatif par des propositions qui ne feraient qu’augmenter la précarité des personnes étrangères, amenuiseraient encore leurs droits et leurs perspectives d’accéder à une vie digne. On ne compte plus les propositions pour supprimer le peu d’aides auxquelles elles ont accès (par exemple l’Aide Médicale d’Etat) ou encore les propositions pour pénaliser le séjour irrégulier. L’extrême droite défend des propositions cyniques, qui seraient non seulement dramatiques pour les personnes étrangères, mais pour la société plus globalement. 

Finalement, l’extrême droite est dangereuse pour les associations et les libertés associatives. Dans les pays gouvernés par l’extrême droite en Europe, les associations sont attaquées, criminalisées et définancées (9) comme on peut le voir dans la Hongrie d’Orban. La France n’est pas étrangère à ce phénomène : les associations sont souvent cibles d’attaques par des personnalités d’extrême-droite. En décembre 2025, Marine Le Pen a d’ailleurs été définitivement condamnée pour diffamation pour avoir accusé La Cimade d’organiser « la filière d’immigration clandestine en provenance des Comores » à Mayotte. Cette condamnation montre que les discours mensongers de l’extrême droite qui stigmatisent les associations et les personnes étrangères ne peuvent pas être déversés dans l’espace public en toute impunité.

 

(1) Conseil européen, Membres du Conseil européen

(2) En Belgique, c’est un gouvernement de coalition au pouvoir. Le chef du gouvernement, le premier ministre, est Bart de Wever, issu d’un parti d’extrême droite, les nationalistes flamands de la N-VA. Tout le gouvernement n’est pas d’extrême droite.

(3) Lettre ouverte sur la CEDH du 22 mai 2025 

(4) Déclaration conjointe aux ministres de la justice du Conseil de l’Europe du 10 décembre 2025 

(5) Parlement européen, Les groupes politiques du Parlement européen 

(6) Parlement européen, Outils de comparaison, élections européennes 

(7) Voir p.25 dans le décryptage sur le Règlement Retour de La Cimade et du CCFD Terre-Solidaire

(8)  Parlement européen, Les groupes politiques du Parlement européen  

(9)  Amnesty, La hargne du Hongrois Orban 

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