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Méditerranée centrale : une personne migrante sur sept meurt ou disparaît durant la traversée

29 août 2019

Malgré la forte baisse des arrivées, le risque de mourir pour les personnes migrantes tentant de traverser la Méditerranée a atteint des proportions alarmantes. Analyse par La Cimade d’une situation inadmissible liée à l’inertie macabre des États membres de l’Union européenne.

migrants Méditerranée

Depuis le début de l’année 2019, une personne sur sept meurt ou disparaît en Méditerranée centrale en tentant de rejoindre les côtes européennes. Pour la même période en 2018, c’était une personne sur 17, et une personne sur 46 en 2017. Des chiffres effrayants et probablement plus élevés, le nombre de bateaux quittant les côtes africaines demeurant inconnu.

Pourtant, les arrivées sur les côtes européennes, en particulier par la Méditerranée centrale, ne cessent de baisser. Au début du mois d’août 2019, l’agence européenne Frontex annonçait une baisse globale de 30 % des arrivées irrégulières sur le territoire européen par rapport à 2018. Selon le communiqué de l’agence, les arrivées via la Méditerranée centrale pour les sept premiers mois de 2019 représentent « un peu plus du quart du total des arrivées à la même période en 2018 ». C’est à dire une baisse de plus de 75 %.

Source : UNHCR, Europe – Dead and missing at sea (January 2018 – July 2019 et January 2017 – July 2018) and UNHCR, Italy, Sea arrivals dashboard, January-July 2017.

 

Des moyens de sauvetage réduits

Cette augmentation sans précédent du taux de mortalité en Méditerranée centrale est en grande partie due à des moyens de sauvetage de plus en plus réduits.

En effet, les États membres de l’Union européenne ont peu à peu transféré la responsabilité des sauvetages à la Libye (formation des garde-côtes, création d’une région de recherche et de sauvetage -SRR- et d’un centre conjoint de coordination des sauvetages en Libye). Pourtant, les risques pour les personnes migrantes débarquées dans ce pays sont connus, tout comme les insuffisances de l’action — parfois même dangereuse — des garde-côtes libyens (cf. Méditerranée centrale : Une hécatombe sourde et muette, désormais à l’abri de (presque) tous les regards). Parallèlement, les pressions et les entraves, notamment du gouvernement italien, sur les ONG de sauvetage en mer se poursuivent (cf. Méditerranée, les solidarités ne se laisseront pas faire).

Ainsi, les moyens de sauvetage en Méditerranée se limitent aujourd’hui, dans le secteur le plus à risque, aux garde-côtes libyens, aux navires marchands passant dans cette zone et aux rares ONG de sauvetage en mer, qui maintiennent leur action malgré les incessantes pressions qu’elles subissent de la part des États.

Dans un rapport publié en juillet 2019, la Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, dénonçant « le coût humain terrible » de cette stratégie, rappelle aux États membres leurs obligations en matière de sauvetage. Elle appelle notamment tous les États membres à « allouer des ressources destinées spécifiquement aux activités de recherche et sauvetage en mer » et à « déployer des navires le long des couloirs où ils peuvent effectivement contribuer à éviter des décès et garantir un traitement digne des personnes secourues ». Elle souligne également la nécessité que les États exploitent « pleinement toutes les unités de sauvetage et de recherche […], notamment les navires administrés par des ONG ».

Loin de répondre à ces recommandations, le gouvernement italien a, de nouveau, durant ce mois d’août, refusé l’entrée de ses ports à deux navires de sauvetage et immobilisé au sol deux avions des ONG Pilotes volontaires et Sea-Watch, qui opèrent des missions de reconnaissance en Méditerranée. Le navire de l’ONG Open Arms a été bloqué pendant 19 jours, avec 147 personnes à son bord. Le débarquement n’a pu avoir lieu qu’après une décision du procureur d’Agrigente. Ce dernier a également ordonné la mise sous séquestre du navire dans le cadre d’une enquête contre X pour séquestration de personnes, omission et refus d’actes officiels. Enquête qui — une fois n’est pas coutume — ne vise pas l’équipage du bateau de sauvetage, mais les autorités italiennes. L’Ocean Viking, navire affrété par SOS Méditerranée et Médecins sans frontières a, quant à lui, été bloqué pendant 15 jours. C’est finalement Malte qui a accepté de débarquer les 356 personnes à bord, après que six États membres, dont la France, se sont engagés à les accueillir.

La baisse des arrivées (moins de 4 000 personnes sur les côtes italiennes en 2019) ne semble avoir aucun impact sur l’accueil des personnes exilées traversant la Méditerranée. Les pourparlers européens sur la responsabilité de leur prise en charge piétinent et la perspective de la création d’un mécanisme opérationnel de solidarité permettant un débarquement dans le port sûr le plus proche, tel que le prévoit le droit international, parait dans une impasse. La question de la mobilisation des moyens nécessaires au sauvetage en mer semble quant à elle reléguée au second plan.

Aveuglés par le fantasme d’une invasion, les États membres de l’Union européenne, figés dans une inertie macabre, laissent mourir des milliers de personnes en Méditerranée. Face à ce désastre, l’heure est venue de changer de paradigme et de repenser les migrations non plus comme un problème mais comme une des solutions, celle de la circulation et de l’égalité des droits entre toutes et tous.

 

 

Photographie : Sauvetage par SOS Méditerranée dans les eaux internationales au large de la Libye, octobre 2017. © Anthony Jean

Auteur: Service communication

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